L’Afrique du Sud va rouvrir une enquête sur la mort en 1977 de Steve Biko, figure emblématique du mouvement anti-apartheid, ont annoncé ce jeudi les procureurs de l’État. L’affaire sera officiellement enregistrée au tribunal vendredi, jour anniversaire du décès de Biko.
Steve Biko, à l’avant-garde du mouvement de conscience noire dans les années 1960, avait été arrêté par les forces de sécurité de l’apartheid en août 1977, près de Grahamstown, sur la côte sud. Selon les témoignages et rapports de l’époque, il aurait été battu et torturé alors qu’il était enchaîné et nu dans un poste de police, avant d’être transféré à Pretoria. Le 12 septembre 1977, à l’âge de 30 ans, il succombait à des lésions cérébrales et une insuffisance rénale.
Une enquête menée la même année, largement contestée pour ses lacunes, avait conclu que Biko s’était blessé en frappant un mur lors d’une altercation avec les policiers. Depuis, des dizaines de militants anti-apartheid sont morts en garde à vue sans que les forces de sécurité ne soient jamais poursuivies.
Après la fin de l’apartheid en 1994, la Commission vérité et réconciliation avait pour mission de faire la lumière sur ces crimes. Certains policiers ont été amnistiés, mais beaucoup d’autres n’ont jamais été tenus responsables. Aujourd’hui, le président Cyril Ramaphosa souhaite « réparer les atrocités du passé et aider la famille Biko et la société dans son ensemble à tourner la page ».
Cette nouvelle enquête intervient alors que l’Afrique du Sud a également rouvert des dossiers sur la mort d’autres militants, comme les « Quatre Cradock », assassinés en 1985, et le lauréat du prix Nobel Albert Luthuli, décédé en 1967 dans des circonstances suspectes.
Steve Biko reste une icône de la lutte contre l’apartheid. Sa mémoire a inspiré le film Cry Freedom(1987), avec Denzel Washington dans le rôle principal, et une chanson à succès de Peter Gabriel devenue un hymne anti-apartheid.
La Rédaction

