Face à la multiplication des guerres et à l’évolution rapide des menaces, l’Organisation des Nations Unies veut revoir en profondeur ses opérations de paix. António Guterres appelle à des missions plus souples, mieux ciblées et davantage centrées sur la diplomatie.
Présentant mercredi 26 août devant l’Assemblée générale un examen global du dispositif, le Secrétaire général de l’ONU a défendu une réforme couvrant aussi bien les missions politiques que les grandes opérations multidimensionnelles. Le rapport formule 47 recommandations et engagements.
Un modèle rattrapé par l’évolution des guerres
L’ONU intervient désormais dans un environnement très différent de celui qui avait façonné les premières missions de maintien de la paix. Les conflits entre États se multiplient, tandis que les guerres internes deviennent plus longues, plus internationalisées et plus difficiles à résoudre.
Selon António Guterres, le monde n’avait plus connu autant de conflits armés depuis 1945. Les décès liés aux combats enregistrés durant les cinq dernières années dépasseraient même ceux comptabilisés au cours des 25 années précédentes.
Les méthodes de guerre évoluent également. L’utilisation militaire des drones progresse, les armes létales autonomes intégrant l’intelligence artificielle se rapprochent et les réseaux criminels transnationaux étendent leur influence. Les civils et les infrastructures essentielles restent, dans le même temps, régulièrement pris pour cible.
Pas de Casques bleus sans paix à préserver
Le modèle traditionnel consistait généralement à déployer une mission après une guerre civile, afin d’accompagner la signature et l’application d’un accord de paix. Or ces accords deviennent plus rares et plus fragiles.
Dans plusieurs pays, les négociations s’enlisent pendant que les violences reprennent. Certaines parties bénéficient aussi de soutiens extérieurs qui contribuent à prolonger les hostilités, comme au Soudan.
Pour le chef de l’ONU, une opération de maintien de la paix ne devrait donc être lancée qu’en présence d’un accord ou, au minimum, d’un cessez-le-feu solide. Sans base politique crédible, les Casques bleus risquent de se retrouver au milieu d’une guerre active sans disposer des moyens nécessaires pour y mettre fin.
Diplomatie et mandats plus flexibles
La réforme proposée replace la prévention des crises, les bons offices et le règlement pacifique des différends au premier plan. António Guterres souhaite renforcer la capacité de l’ONU à intervenir avant qu’une crise ne dégénère. La Colombie est notamment citée comme un exemple de contribution réussie, depuis les négociations jusqu’à l’application de l’accord de paix.
Les futures missions devraient également recevoir des mandats plus précis et évolutifs. Elles se concentreraient sur l’action politique, la sécurité et, lorsque cette responsabilité est clairement établie, la protection des civils. Des évaluations régulières permettraient d’ajuster les priorités et de préparer plus tôt les transitions ou les retraits.
Cette évolution intervient cependant dans un contexte de réduction des budgets et des effectifs militaires et policiers. L’ONU veut donc simplifier ses structures, améliorer ses capacités technologiques et renforcer sa coopération avec les pays concernés ainsi qu’avec les organisations régionales, notamment l’Union africaine.
António Guterres a enfin demandé que les attaques visant les Casques bleus et le personnel civil ne restent pas impunies. Pour lui, l’avenir des opérations de paix dépendra autant de leur adaptation que de la volonté politique du Conseil de sécurité, des États membres et des parties engagées dans les conflits.
La Rédaction
Source : ONU Info, 26 août 2026.

