L’État du Manipur, dans le nord-est de l’Inde, est de nouveau en proie à des affrontements entre la majorité Meitei et les tribus Kuki-Zo, malgré la démission de son ministre en chef et la prise de contrôle directe par la présidence indienne.
Depuis février 2025, le Manipur est régi par le système du President’s Rule, une mesure exceptionnelle permettant au gouvernement central d’administrer un État en crise. Pourtant, loin d’apaiser les tensions, cette transition a vu une nouvelle flambée de violences : au moins cinq morts et plusieurs blessés ont été recensés en mars. Les tensions restent vives dans un territoire déjà profondément fracturé par deux années de conflits meurtriers.
Les violences ethniques ont éclaté en mai 2023, opposant la communauté Meitei, majoritairement hindoue et implantée dans la vallée, aux Kuki-Zo, chrétiens et installés dans les collines. Ce clivage territorial s’est renforcé au fil des mois, entraînant des affrontements sanglants et des exactions de part et d’autre. Plus de 260 personnes ont été tuées, et quelque 60 000 habitants ont été contraints de fuir leur domicile.
Des autorités accusées de partialité
L’ancien ministre en chef du Manipur, N. Biren Singh, membre du Bharatiya Janata Party (BJP), a été accusé d’avoir favorisé la communauté Meitei en tolérant, voire en soutenant, des groupes armés tels que l’Arambai Tenggol et le Meitei Leepun. Ces milices se seraient livrées à des pillages d’armes et à des attaques ciblées contre les populations Kuki-Zo, entraînant des représailles tout aussi violentes.
Malgré le passage sous l’autorité de la présidente indienne, les tensions restent vives. La Cour suprême a dénoncé une « rupture totale de l’ordre public », pointant du doigt l’inaction des forces de l’ordre, parfois accusées de complicité dans les exactions. Des témoignages font état de violences sexuelles, de meurtres et d’incendies criminels visant les habitations et lieux de culte Kuki-Zo.
Une intervention gouvernementale tardive
Face à l’escalade, New Delhi a récemment annoncé des mesures pour désarmer les groupes paramilitaires et rétablir la circulation entre les différentes zones. Mais pour de nombreux habitants, l’intervention du gouvernement central est trop tardive. « Nous avons imploré l’intervention du Premier ministre Narendra Modi, mais il a détourné le regard », confie un militant local. « Aujourd’hui, la méfiance entre communautés est totale. »
Human Rights Watch appelle les autorités à garantir l’accès à l’aide humanitaire pour les déplacés, à poursuivre en justice les responsables des violences et à mettre en place des mécanismes de réconciliation durables. Car sans une refonte profonde de la gestion du conflit, le Manipur risque de rester un foyer d’instabilité pour longtemps encore.
La Rédaction

