Le Chili, pays confronté à une sécheresse de longue date, explore une nouvelle manière de cultiver le riz tout en économisant de l’eau. Grâce à une variété de riz innovante et une technique agricole éprouvée, les producteurs chiliens réussissent à maintenir leurs rendements sans les inondations traditionnelles.
Dans la région de Ñuble, située au sud de Santiago, l’ingénieur agricole Javier Muñoz témoigne d’une évolution majeure dans la culture du riz. Habituellement, l’eau était abondamment utilisée pour inonder les rizières, une pratique historique destinée à lutter contre les maladies. Mais face à la raréfaction de l’eau, il a réduit de moitié sa consommation d’eau, tout en récoltant une quantité équivalente de riz. Ce succès est attribué à une nouvelle variété de riz, appelée Jaspe, développée par Karla Cordero, ingénieure agronome à l’Institut national de recherche agricole (INIA). Issue d’un croisement de semences chiliennes et russes, cette variété est conçue pour résister aux conditions extrêmes, notamment aux vagues de chaleur et aux sécheresses.
Le Système de riziculture intensive (SRI), une méthode développée dans les années 1980, permet d’adopter des pratiques plus économes en eau, en minimisant l’inondation des rizières. Bien que souvent jugée difficile à mettre en œuvre, cette technique a montré son efficacité en association avec le riz Jaspe. En réduisant de moitié la quantité d’eau nécessaire à la production, cette approche garantit un rendement similaire à celui des méthodes traditionnelles.
L’innovation agricole chilienne ne se limite pas aux frontières nationales. En collaboration avec l’Institut interaméricain de coopération pour l’agriculture, cette méthode sera prochainement testée dans d’autres pays producteurs de riz comme le Brésil, l’Uruguay et l’Équateur. Cette avancée pourrait transformer la riziculture dans les régions du monde frappées par des conditions climatiques extrêmes.
Une telle réduction de la consommation d’eau a également un impact environnemental important. Le riz étant responsable de 10% des émissions mondiales de méthane, une réduction de l’inondation des rizières limiterait la production de ce gaz à effet de serre, contribuant ainsi à une agriculture plus respectueuse de l’environnement.
Alors que Jaspe se prépare à être commercialisé au Chili, l’ingénieure Cordero envisage déjà des projets futurs, notamment la culture du riz dans des régions désertiques comme Arica, dans le nord du Chili, où l’eau est encore plus rare.
La Rédaction

