Face à une insécurité croissante et à l’extension des menaces jihadistes, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) accélère le processus de mise en œuvre de sa Force en attente (FAC). Lors du 67ᵉ sommet ordinaire tenu le 22 juin à Abuja, les dirigeants ouest-africains ont décidé de convoquer une réunion conjointe des ministres de la Défense et des Finances. Objectif : débloquer en urgence les ressources nécessaires pour rendre la force opérationnelle.
La menace progresse, la Cédéao s’organise
Lancée en décembre 2024, la FAC reste encore virtuelle, faute de financement. Pourtant, l’urgence ne cesse de croître. Le Bénin a connu, en avril, l’attaque la plus meurtrière de son histoire avec 54 soldats tués. Le Nigéria, quant à lui, continue de faire face à la double menace de Boko Haram et de l’État islamique en Afrique de l’Ouest (Iswap), tandis que le Togo voit la menace terroriste se rapprocher dangereusement de ses frontières.
Dans ce contexte, le président nigérian Bola Ahmed Tinubu, qui a passé le flambeau à son homologue sierra-léonais Julius Maada Bio, a lancé un appel à l’action immédiate : « La Force en attente de la Cédéao doit passer du concept à la réalité opérationnelle dès maintenant ».
Un dépôt logistique et un début de déploiement
Premier signal concret de cette volonté : l’achèvement du dépôt logistique régional de Lungi, en Sierra Léone. Cette infrastructure stratégique est destinée à soutenir le déploiement des premières unités de la FAC. Dans un effort de solidarité logistique, le Nigéria a renouvelé son engagement à assurer le transport maritime et aérien de la force, en ligne avec les accords d’Addis-Abeba signés en février 2025.
La stratégie opérationnelle prévoit le déploiement initial d’une brigade de 1 650 hommes, destinée à former le noyau d’une force appelée à atteindre 5 000 militaires. Cette montée en puissance s’inscrit dans la révision en cours du Plan d’action 2020-2024 contre le terrorisme.
Un défi financier pour une autonomie sécuritaire
Les fondations juridiques et techniques de la force sont désormais en place grâce à des travaux préparatoires menés depuis février à Abuja, avec des experts sécuritaires de tous les États membres. Mais sans un financement conséquent, la FAC risque de rester un vœu pieux.
Ce que cherchent désormais les chefs d’État ouest-africains, c’est une mobilisation rapide de ressources propres. Dans un contexte de révision des partenariats internationaux, notamment avec la fin progressive de plusieurs soutiens occidentaux au Sahel, la Cédéao veut prouver qu’elle peut prendre en main sa sécurité régionale.
Le message du sommet est clair : face à l’expansion jihadiste, l’heure n’est plus aux intentions, mais à l’action. La réussite de la Force en attente repose sur la capacité des États à traduire leurs engagements politiques en décisions financières concrètes.
La Rédaction

