Une exposition qui met l’identité à l’épreuve du regard
À Cotonou, l’exposition Je est un autre, présentée à la Fondation Zinsou, s’impose comme l’une des propositions les plus stimulantes du moment dans le paysage artistique ouest-africain.
Depuis le 20 février 2026, et visible jusqu’au 20 avril, elle explore l’autoportrait non comme un exercice de représentation, mais comme un champ de tension où se rejouent les contours instables de l’identité contemporaine.
L’autoportrait, entre dévoilement et construction

« Je est un autre », une exposition présentée à la Fondation Zinsou au Bénin.
Au centre de cette réflexion, le travail du peintre Nobel Koty s’inscrit dans une pratique où le visage devient un territoire à déconstruire. Ici, il ne s’agit pas de se montrer, mais de se recomposer.
Les figures qu’il propose échappent à toute fixité : elles se fragmentent, se dédoublent, se déplacent. L’autoportrait cesse d’être un miroir fidèle pour devenir une surface de projection, traversée par des tensions entre mémoire, perception et imaginaire.
Ce glissement transforme profondément la fonction de l’image : elle ne révèle pas une identité, elle en expose les fissures.
Héritages, ruptures et réinvention du sujet
Le titre de l’exposition convoque explicitement la pensée d’Arthur Rimbaud, dont la formule « Je est un autre » continue d’irriguer les réflexions contemporaines sur le sujet. Mais loin de s’en tenir à une référence littéraire, l’exposition en propose une relecture ancrée dans les réalités actuelles.
Dans un monde marqué par les circulations culturelles, les hybridations et les recompositions identitaires, le “je” ne peut plus être envisagé comme une entité stable. Il devient un espace mouvant, traversé par des influences multiples, parfois contradictoires.
Les œuvres présentées traduisent cette instabilité : elles donnent à voir des identités en devenir, jamais closes, toujours en tension.

Une œuvre issue de sa première exposition personnelle à la Fondation Zinsou à Cotonou.
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Une mise en scène du regard
L’exposition joue également avec la position du spectateur. Face à ces autoportraits, le regard n’est jamais passif. Il est sollicité, parfois déstabilisé, invité à interroger ses propres attentes face à l’image.
Que voit-on réellement ? Un visage ? Une projection ? Une construction ?
En brouillant les repères traditionnels de la représentation, les œuvres déplacent le centre de gravité de l’image vers une expérience plus incertaine, où le sens se construit dans l’interaction entre l’œuvre et celui qui la regarde.
La Fondation Zinsou, laboratoire de la création contemporaine

Exposition présentée au LAB de la Fondation Zinsou à Cotonou.
Avec Je est un autre, la Fondation Zinsou confirme son rôle de plateforme majeure pour la diffusion de l’art contemporain en Afrique de l’Ouest. Loin d’une programmation simplement illustrative, l’institution propose ici une exposition exigeante, qui engage une véritable réflexion sur les formes et les enjeux de la création actuelle.
En mettant en avant une approche introspective de l’image, elle participe à ouvrir de nouveaux espaces de pensée autour de l’identité, du corps et de la représentation.
Une expérience à la fois intime et universelle
À quelques semaines de sa clôture, l’exposition apparaît comme une invitation à ralentir le regard, à accepter l’incertitude et à reconsidérer ce que signifie “être soi”.
À Cotonou, Je est un autre ne donne pas de réponse. Elle pose, avec une acuité rare, une question essentielle : et si l’identité n’était jamais là où l’on croit la trouver ?
La Rédaction

