Une fracture économique qui s’élargit
Alors que l’Amérique latine et les Caraïbes avancent péniblement sur le chemin d’une croissance molle, deux pays restent à l’arrêt complet. En 2025, Cuba et Haïti apparaissent comme les seuls véritables points de rupture économique de la région, incapables d’enrayer une spirale récessive qui s’installe durablement. Le dernier bilan préliminaire de la Commission économique pour l’Amérique latine et les Caraïbes (CEPALC) met en lumière une réalité préoccupante : ces deux États ne sont plus seulement en difficulté, ils décrochent.
Cuba : la récession comme nouvel horizon
À Cuba, la crise n’est plus conjoncturelle, elle est structurelle. Selon les projections de la CEPALC, l’économie cubaine devrait se contracter de 1,5 % en 2025, après un recul déjà sévère de 1,1 % en 2024. Cette aggravation confirme l’enlisement d’un modèle économique soumis à des chocs multiples : pénuries énergétiques chroniques, effondrement de la production industrielle, chute du pouvoir d’achat et désorganisation persistante des circuits d’approvisionnement.
L’absence de carburant paralyse l’activité, l’inflation rogne les revenus, et la dollarisation partielle de l’économie accentue les inégalités. Même la timide perspective d’une croissance de 0,1 % annoncée pour 2026 ressemble davantage à une stagnation prolongée qu’à un véritable redémarrage. Pour l’île, le redressement ne semble pas imminent, faute de réformes profondes et de marges financières suffisantes.
Haïti : l’économie sous asphyxie permanente
Haïti traverse une crise d’une nature différente mais tout aussi destructrice. Ici, la récession est alimentée par un effondrement sécuritaire et institutionnel qui empêche toute dynamique économique durable. Les activités productives sont entravées par l’insécurité, les échanges sont perturbés, et l’État peine à assurer ses fonctions essentielles.
L’économie haïtienne continue ainsi de se contracter en 2025, isolant un peu plus le pays du reste de la région. L’inflation élevée, la dépendance aux importations et la fragilité extrême des infrastructures accentuent une pauvreté déjà massive. Contrairement à d’autres économies caribéennes, Haïti ne bénéficie d’aucun moteur de relance crédible à court terme.
Deux trajectoires différentes, un même décrochage
Si les causes diffèrent, le résultat est identique : Cuba et Haïti sont les seuls pays caribéens à rester en récession en 2025, selon la CEPALC. Là où d’autres États enregistrent une croissance faible mais positive, ces deux économies s’enfoncent, révélant les limites de leurs modèles politiques, économiques et institutionnels.
Ce décrochage souligne une fracture régionale de plus en plus nette : d’un côté, des pays capables d’absorber les chocs mondiaux ; de l’autre, des États piégés dans des crises internes profondes, sans leviers immédiats de redressement.
Une alerte pour l’ensemble de la région
Au-delà des chiffres, le cas de Cuba et d’Haïti agit comme un signal d’alarme régional. Il rappelle que la croissance, même faible, reste un privilège fragile, et que l’absence de stabilité énergétique, institutionnelle ou sécuritaire peut rapidement faire basculer une économie dans une récession durable. En 2025, les Caraïbes avancent à deux vitesses, et Cuba comme Haïti en paient le prix le plus lourd.
La Rédaction

