Le prix de l’or atteint des sommets, avec une hausse de 27,40 % depuis le début de l’année, se fixant à 2 627,60 dollars l’once. L’Afrique de l’Ouest, qui concentre plus de la moitié de la production d’or du continent, est au cœur de toutes les attentions, attirant autant les multinationales que les orpailleurs clandestins.
Un potentiel inestimable et sous-exploité
Dotée des réserves les plus riches au monde, l’Afrique de l’Ouest rivalise avec l’Australie et le Canada en termes de potentiel aurifère. La région porte l’héritage historique d’une opulence qui a traversé les siècles, comme en témoigne la légende du roi Kankan Moussa, symbole de la richesse inégalée du Mali au XIVᵉ siècle. Plus récemment, des pays comme le Ghana, autrefois surnommé la “Côte-de-l’Or” par les colons britanniques, continuent de marquer leur position sur la scène mondiale.
Selon le World Gold Council, en 2023, huit pays ouest-africains figurent parmi les 15 premiers producteurs d’or du continent, avec un total régional de 525,5 tonnes d’or, soit plus de la moitié de la production africaine. Le Ghana, le Mali, la Guinée et le Burkina Faso forment un quatuor de poids dans cette industrie, tandis que la Côte d’Ivoire se positionne comme un acteur émergent grâce à la découverte récente de gisements majeurs.
Des richesses mal partagées
Malgré cette abondance, les retombées économiques locales restent modestes. Les multinationales étrangères dominent l’exploitation aurifère, laissant aux pays de la région des parts infimes des bénéfices. Par exemple, les États ne détiennent généralement que 10 % du capital des sociétés minières, et les redevances fiscales restent faibles, en raison de politiques d’investissement favorables aux entreprises étrangères.
De plus, une grande partie de l’or extrait quitte la région à l’état brut, sans valeur ajoutée. Une part non négligeable de la production, issue de circuits informels, alimente des réseaux internationaux et des organisations criminelles ou terroristes. En 2022, entre 32 % et 41 % de l’or produit en Afrique n’aurait pas été déclaré.
Réformes et perspectives
Face à ces déséquilibres, certains pays de la région, comme le Mali et le Burkina Faso, révisent leurs cadres législatifs pour augmenter leur participation dans les entreprises minières. Le Mali a adopté un nouveau code minier exigeant des multinationales qu’elles cèdent jusqu’à 35 % de leur capital à l’État et aux privés locaux.
Par ailleurs, des initiatives émergent pour raffiner l’or localement, afin de maximiser les revenus et réduire la dépendance envers les raffineries étrangères. Le Ghana, pionnier en la matière, a inauguré en 2024 sa première raffinerie d’or, tandis que le Burkina Faso et le Mali suivent cette voie avec le soutien de partenaires internationaux.
Une richesse à transformer en levier de développement
Alors que le cours de l’or continue de grimper, l’Afrique de l’Ouest doit relever le défi de transformer son potentiel aurifère en moteur de développement. Les réformes engagées et la montée en puissance des infrastructures de raffinage pourraient offrir une redistribution plus équitable des bénéfices et marquer un tournant pour les économies locales. Cependant, la lutte contre l’exploitation informelle et les circuits parallèles demeure essentielle pour garantir que cette richesse naturelle profite enfin aux populations.
La Rédaction

