Pays enclavé au cœur du Sahel, le Burkina Faso entend prendre part aux décisions internationales concernant la protection et l’exploitation des ressources marines. Derrière cette initiative diplomatique se dessinent des enjeux scientifiques, environnementaux et économiques qui dépassent largement les frontières des États côtiers.
Le Burkina Faso ne possède aucune façade maritime. Pourtant, Ouagadougou considère que l’avenir des océans concerne aussi ses intérêts nationaux. En s’engageant dans le processus de ratification du traité international sur la biodiversité en haute mer, le pays entend défendre le droit des États sans littoral à participer à la gouvernance de ressources naturelles situées au-delà des juridictions nationales.
Cette ambition a franchi une nouvelle étape le 2 novembre 2026. La Commission des affaires étrangères, de la défense et de la sécurité de l’Assemblée législative du peuple (ALP) a donné son accord au projet de loi autorisant la ratification du traité, après avoir auditionné le ministre des Affaires étrangères, Karamoko Jean Marie Traoré.
Les océans ne concernent pas uniquement les pays côtiers
Adopté aux Nations unies en juin 2023 et entré en vigueur le 17 janvier 2026, l’accord sur la biodiversité marine des zones ne relevant pas de la juridiction nationale, connu sous le sigle BBNJ, établit de nouvelles règles pour la conservation et l’utilisation durable des ressources de la haute mer.
Il prévoit notamment la création d’aires marines protégées, l’évaluation des impacts environnementaux et le partage équitable des avantages issus de l’utilisation des ressources génétiques marines.
Pour les pays enclavés, l’enjeu est considérable. Les États disposant d’importantes capacités de recherche maritime ne doivent pas être les seuls à bénéficier des découvertes réalisées dans les océans.
Le Burkina Faso souhaite ainsi participer aux mécanismes internationaux de décision et accéder aux possibilités de coopération prévues par le traité.
Une ouverture vers la recherche scientifique
Au-delà de sa portée diplomatique, cette démarche pourrait offrir de nouvelles perspectives aux institutions scientifiques burkinabè.
Les ressources génétiques marines présentent notamment un intérêt pour la recherche pharmaceutique, les biotechnologies et la compréhension des écosystèmes. Le traité prévoit des mécanismes de renforcement des capacités et de transfert de technologies destinés particulièrement aux pays en développement.
Pour Ouagadougou, ces dispositions pourraient faciliter l’accès à des programmes scientifiques internationaux et contribuer à la formation de chercheurs spécialisés.
Ces perspectives ne constituent toutefois pas des retombées automatiques. Leur concrétisation dépendra des mécanismes de coopération, des financements mobilisés et de la capacité du pays à développer des projets adaptés.
Une adhésion encore soumise au Parlement
Le texte doit désormais être examiné en séance plénière le 10 novembre. L’avis favorable de la commission parlementaire ne vaut donc pas encore ratification définitive.
Le gouvernement prévoit, une fois les procédures achevées, d’identifier des projets prioritaires pour donner une traduction concrète à ses engagements.
En défendant sa participation à la gouvernance des océans, le Burkina Faso soulève une question plus large : celle de la place des pays sans littoral dans le partage des connaissances, des technologies et des avantages liés aux ressources naturelles mondiales.
La Rédaction

