Alors que le sommet des BRICS s’ouvre à Rio de Janeiro ce 6 juillet 2025, l’Afrique semble plus que jamais courtisée et tentée par cette alliance des puissances émergentes. Mais que peut réellement gagner le continent en s’y engageant ?Une attractivité croissante pour les pays africainsL’intérêt des capitales africaines pour les BRICS ne cesse de croître. L’alliance – désormais composée de douze membres, dont l’Égypte et l’Éthiopie – séduit par son discours en faveur d’un rééquilibrage du pouvoir mondial et d’une coopération « sans conditionnalité politique ». Pour de nombreux pays du continent, elle représente une alternative au système multilatéral occidental, jugé obsolète, parfois contraignant, et peu représentatif des intérêts africains.Dakar, par exemple, ne cache plus ses intentions : « Les BRICS incarnent une voie nouvelle pour les pays du Sud », déclarait en avril Yassine Fall, ministre sénégalaise des Affaires étrangères. Le Sénégal n’est pas le seul : Algérie, Nigeria et Ouganda figurent déjà parmi les membres partenaires du groupe, une sorte d’antichambre pour une adhésion à part entière.Les promesses d’un nouvel équilibreLes motivations sont multiples : réduction de la dépendance commerciale à l’égard de l’Europe, accès facilité à des financements via la Nouvelle Banque de développement (NDB), et insertion dans un réseau diplomatique en pleine expansion. Depuis sa fondation, la NDB revendique plus de 40 milliards de dollars injectés dans 120 projets. Mais pour l’heure, peu – voire aucun – de ces financements ne sont allés vers des États africains non membres initiaux.L’Algérie, malgré son rejet comme membre officiel, est devenue en mai 2025 le neuvième actionnaire de la NDB. Cet engagement financier de 1,5 milliard de dollars reflète une volonté de se repositionner. Pour Alger comme pour Kampala, rejoindre cette sphère d’influence, où la souveraineté nationale est respectée, c’est aussi tourner le dos aux ingérences politiques souvent reprochées aux institutions occidentales.Diversification ou dépendance déguisée ?Pourtant, derrière les promesses, des déséquilibres inquiétants persistent. La Chine, poids lourd du groupe avec près de 50 % du PIB des BRICS, est depuis quinze ans le principal partenaire commercial de l’Afrique. Cette relation reste largement déséquilibrée : exportations africaines centrées sur les matières premières, importations massivement industrielles côté chinois.Les autres membres – Inde, Brésil, Russie – n’offrent guère une alternative plus équitable. Le commerce avec eux reste marginal ou déséquilibré. L’idée d’un renversement de cette dynamique grâce à une adhésion élargie relève pour l’instant davantage de l’utopie diplomatique que de la réalité économique.De plus, les engagements chinois lors du dernier Forum sino-africain (2024) sont en recul. Malgré une enveloppe annoncée de 50 milliards de dollars d’ici 2027, les flux nets sont désormais négatifs : selon l’Institut australien Lowy, depuis 2025, l’Afrique rembourse davantage à la Chine qu’elle ne reçoit en prêts nouveaux.Une quête d’influence plus que d’aideCe que recherchent les pays africains, au fond, dépasse l’enjeu financier. En rejoignant les BRICS, ils espèrent peser davantage sur les grandes décisions globales – là où les institutions comme le FMI, la Banque mondiale ou l’ONU ne leur accordent qu’une place marginale.Mais cette quête de reconnaissance s’accompagne d’un risque de substitution d’une hégémonie à une autre. L’Afrique pourrait bien quitter la tutelle occidentale pour se retrouver prise dans les rets d’un bloc émergent où dominent des logiques similaires de rapports de force.Une adhésion à double tranchantLes BRICS offrent à l’Afrique une tribune, un espace de manœuvre et une promesse de solidarité Sud-Sud. Mais ils ne sauraient, à eux seuls, répondre aux déséquilibres structurels du continent. L’adhésion à ce bloc ne garantit ni investissements massifs, ni relations commerciales équitables. Elle offre toutefois une carte diplomatique supplémentaire que les États africains pourraient, avec habileté, utiliser pour faire contrepoids à un ordre mondial encore figé.Le véritable enjeu, pour l’Afrique, n’est donc pas de choisir entre l’Est et l’Ouest, mais de faire valoir ses intérêts dans un monde multipolaire en pleine recomposition.
La Rédaction

