Le Togo engage une nouvelle étape dans la modernisation de son aquaculture. En misant sur une innovation issue de la recherche nationale, le pays cherche à sécuriser l’approvisionnement des producteurs, à renforcer l’autonomie de la filière et à faire de l’élevage du tilapia un levier de souveraineté alimentaire et de développement économique.
L’avenir de l’aquaculture togolaise se joue désormais autant dans les laboratoires que dans les bassins piscicoles. Face aux fragilités révélées par les crises sanitaires et géopolitiques de ces dernières années, le Togo engage une profonde mutation de son modèle de production. L’objectif n’est plus seulement d’accroître les volumes de poissons produits, mais de maîtriser les maillons stratégiques de la filière afin de réduire une dépendance longtemps considérée comme inévitable.
Pendant plusieurs années, les entreprises aquacoles du pays se sont approvisionnées à l’étranger en alevins et en hormones nécessaires à la production de tilapias mâles, une variété particulièrement recherchée pour sa croissance rapide et ses performances d’élevage. Cette dépendance est toutefois apparue comme une faiblesse majeure lorsque les perturbations des chaînes d’approvisionnement mondiales ont ralenti les importations et fragilisé les capacités de production nationales.
La recherche comme réponse à une vulnérabilité stratégique
Confronté à cette situation, le secteur privé s’est tourné vers la recherche pour trouver une alternative durable. Avec l’appui de partenaires techniques et scientifiques, les chercheurs ont développé une technologie locale de production d’alevins baptisée « Super mâle », capable de répondre aux besoins des entreprises aquacoles.
Intervenant lors d’une visioconférence organisée par l’Organisation panafricaine des agriculteurs (PAFO) et le Réseau des organisations paysannes et de producteurs de l’Afrique de l’Ouest (ROPPA), Dr Fructueuse Ouidoh, coordinatrice du projet RADiUS au CORAF, a rappelé que cette innovation est née d’une demande concrète des opérateurs économiques.
« Les entreprises aquacoles étaient confrontées à une forte dépendance aux importations d’alevins et d’hormones pour produire des tilapias mâles. Lorsque les crises sanitaires et géopolitiques ont perturbé les importations, le problème est devenu urgent », a-t-elle expliqué.
L’ambition consistait à développer une solution entièrement locale, capable de garantir un approvisionnement régulier en alevins de qualité tout en limitant l’exposition du secteur aux aléas du commerce international.
Une filière qui gagne en autonomie
Les premiers résultats dépassent le seul cadre de l’innovation scientifique. Grâce à cette technologie, les entreprises togolaises disposent désormais d’une source nationale d’approvisionnement, réduisant ainsi leur dépendance vis-à-vis des marchés extérieurs.
Cette évolution s’est accompagnée d’une transformation plus large de la politique publique en faveur de la filière aquacole. L’interdiction de l’importation du tilapia destiné à la consommation illustre la volonté des autorités de soutenir une production nationale capable de répondre progressivement aux besoins du marché.
Au-delà de la sécurisation des approvisionnements, cette dynamique favorise le développement d’une chaîne de valeur plus intégrée, impliquant les centres de recherche, les entreprises, les producteurs et l’ensemble des métiers liés à l’aquaculture.
Quand la recherche devient un moteur de développement
Pour Dr Fructueuse Ouidoh, cette expérience démontre que la recherche produit ses meilleurs résultats lorsqu’elle répond directement aux besoins exprimés par les acteurs économiques.
« Quand les producteurs et les entreprises prennent l’initiative de poser leurs problèmes, et quand la recherche accepte d’avancer avec eux, les résultats peuvent changer concrètement les pratiques, les revenus et même les politiques publiques », souligne-t-elle.
Cette approche marque une évolution profonde du rôle de la recherche agricole. Celle-ci ne se limite plus à produire des connaissances scientifiques ; elle devient un partenaire de l’innovation, accompagne les entreprises, développe des solutions adaptées au terrain et contribue directement à la création de valeur.
Une expérience qui inspire l’Afrique de l’Ouest
Présentée lors des échanges consacrés au thème « Partenariat avec la recherche pour le développement des systèmes alimentaires en Afrique de l’Ouest », l’expérience togolaise illustre une tendance qui dépasse les frontières nationales.
Dans un contexte où les États africains cherchent à renforcer leur souveraineté alimentaire, la capacité à produire localement les intrants stratégiques devient un facteur déterminant de résilience économique. En réduisant sa dépendance aux importations et en misant sur l’innovation scientifique, le Togo montre qu’une collaboration étroite entre chercheurs, entreprises et pouvoirs publics peut accélérer la transformation d’une filière entière.
Au-delà du seul secteur aquacole, cette réussite rappelle qu’investir dans la recherche appliquée constitue aujourd’hui un levier majeur pour renforcer la compétitivité agricole, sécuriser les productions nationales et construire des systèmes alimentaires plus autonomes face aux incertitudes du contexte international.
La Rédaction

