Planter un milliard d’arbres d’ici 2030 constitue un objectif spectaculaire par son ampleur. Mais derrière le compteur des plants mis en terre se joue une question moins visible et probablement plus déterminante : quels arbres plante-t-on, avec quelles graines et dans quelles conditions auront-ils réellement une chance de devenir une forêt ? Au Togo, la politique de reboisement commence ainsi à remonter jusqu’au premier maillon de la chaîne : la semence.
Dans les Plateaux et la Kara, des équipes de l’Office de développement et d’exploitation des forêts (ODEF) parcourent actuellement le terrain pour identifier et géolocaliser des arbres susceptibles de fournir les graines des futurs reboisements. Cola gigantea, karité, caïlcédrat, Terminalia superba ou encore Anogeissus leiocarpus figurent parmi les essences recherchées. Pour chaque porte-graines identifié, l’enjeu consiste notamment à connaître sa localisation et la période favorable à la récolte.
Cette prospection peut sembler très technique. Elle touche pourtant à une faiblesse classique des grandes campagnes de reboisement : le nombre de plants installés ne dit pas, à lui seul, ce que deviendra le paysage plusieurs années plus tard.
Planter beaucoup ne garantit pas une forêt
Depuis 2021, près de 39 millions de plants ont été mis en terre au Togo sur plus de 49 000 hectares. Pour 2026, l’objectif national porte sur 16,8 millions de plants supplémentaires et 11 250 hectares. Le pays maintient parallèlement son ambition d’atteindre un milliard d’arbres et 26 % de couverture forestière à l’horizon 2030.
Mais entre la plantation et l’arbre adulte intervient une série de filtres : sécheresse, qualité du sol, pâturage, entretien, origine du matériel végétal ou mauvaise adaptation de l’espèce au milieu. Une étude publiée en 2025 sur des initiatives de restauration forestière au Togo relevait ainsi un taux moyen de survie de 59,55 % dans les sites étudiés, avec de fortes différences régionales. La sécheresse et le pâturage figuraient parmi les principales causes de mortalité observées.
Ces résultats ne peuvent être extrapolés à l’ensemble des plantations nationales, mais ils illustrent une distinction essentielle : un arbre comptabilisé le jour de sa plantation n’est pas nécessairement un arbre installé durablement dans l’écosystème. Les autorités elles-mêmes mettent désormais davantage l’accent sur la survie, l’entretien et le choix d’espèces adaptées aux différentes zones écologiques.
Construire une filière de la semence
C’est dans cette évolution que prend sens la recherche actuelle de l’ODEF. Le Togo a créé en janvier 2026 un Centre national de semences forestières (CNSF), basé à Davié et placé sous la tutelle technique de l’Office. Sa mission ne consiste pas simplement à accumuler des graines : il doit sélectionner les peuplements semenciers, organiser les récoltes et fournir du matériel végétal présentant des qualités physiologiques, génétiques et sanitaires adaptées aux différentes zones agroécologiques du pays.
La cartographie des meilleurs arbres semenciers permet ainsi de constituer progressivement une sorte de patrimoine de référence. Savoir où se trouvent les individus intéressants, quand ils produisent leurs graines et dans quel environnement ils prospèrent doit permettre de mieux planifier les récoltes et de sélectionner les provenances destinées aux pépinières et aux opérations de restauration.
L’approche concerne des essences locales, dont le karité et le caïlcédrat, mais aussi certaines espèces introduites. Elle ouvre surtout une question de long terme : le reboisement ne consiste plus seulement à disposer de suffisamment de plants, mais à choisir le bon matériel végétal pour le bon territoire et pour le bon usage.
Du milliard planté au milliard devenu forêt
Cette évolution introduit un changement de mesure. Pendant longtemps, les campagnes de reboisement sont naturellement racontées à travers les volumes : plants distribués, arbres mis en terre, hectares couverts. La structuration d’une filière semencière oblige à regarder plus loin, vers la survie, la croissance, l’adaptation et la diversité des peuplements obtenus.
À quatre ans de l’échéance de 2030, l’écart reste considérable entre les quelque 39 millions de plants recensés depuis 2021 et l’objectif final du milliard. Mais l’enjeu n’est pas uniquement d’accélérer le rythme. Il est aussi d’éviter que la recherche du nombre ne réduise la restauration forestière à une succession de journées de plantation.
La réussite se mesurera finalement moins au nombre de jeunes plants passés entre les mains des planteurs qu’au nombre d’arbres encore debout plusieurs années plus tard. En partant désormais à la recherche de leurs meilleures graines, le Togo commence précisément à déplacer son regard de l’acte de planter vers la forêt qu’il veut réellement faire pousser.
La Rédaction

