Dans le Brooklyn Museum, une petite statuette en albâtre révèle un secret vieux de plus de 4 000 ans. Haute d’à peine quarante centimètres, elle montre Ankhésenpépi II, assise sur son trône, tenant son fils Pépi II sur ses genoux. La surprise saute aux yeux : la reine est deux fois plus grande que le jeune pharaon, une transgression volontaire des codes artistiques égyptiens, où seul le pharaon pouvait surpasser en taille les autres mortels. La coiffe en forme de vautour, symbole de déesses et de pouvoir féminin, souligne encore l’autorité de la reine et son rôle central dans le royaume.
Une découverte majeure à Saqqara
Pendant longtemps, l’histoire d’Ankhésenpépi II restait mystérieuse. La statuette était apparue au XIXᵉ siècle sans contexte archéologique précis, fascinante mais énigmatique. Tout changea en 2000, lorsque la Mission archéologique franco-suisse de Saqqara (MAFS), dirigée par Audran Labrousse et Jean Leclant, mit au jour le complexe pyramidal de la reine. Sa chambre funéraire contenait des centaines de fragments des Textes des pyramides, rituels sacrés jusque-là réservés aux pharaons, garantissant pouvoir et immortalité dans l’au-delà.
Le travail méticuleux de Bernard Mathieu et de son équipe permit de reconstituer plus de 1 600 fragments, révélant une ambition sans précédent : Ankhésenpépi II revendiquait pour elle-même les privilèges divins des rois, transcendant les frontières du pouvoir féminin.
Une régente exceptionnelle

Née à Abydos dans une famille influente, Ankhésenpépi II fut préparée dès l’enfance à gouverner. Sa mère, l’une des rares femmes à exercer la fonction de vizir, lui montra que la politique n’était pas exclusivement masculine. Elle épousa le pharaon Pépi Ier, consolidant l’influence de sa famille, puis assuma la régence lorsque son fils Pépi II monta sur le trône à seulement six ans.
Les défis étaient immenses : conspirations de palais, rébellions dans le nord et le sud du royaume, tensions avec les dignitaires régionaux. Pourtant, la régente sut maintenir la stabilité, permettant à Pépi II de réaliser le plus long règne de l’histoire égyptienne : soixante-cinq ans.
Le pouvoir gravé dans la pierre
Des inscriptions découvertes à travers l’Égypte témoignent de son autorité. À Ouadi Maghara, elle est proclamée « aimée de tous les dieux » et ordonnatrice de missions minières en son nom propre et celui de son fils. Son complexe funéraire à Saqqara, le plus grand connu pour une reine à l’exception de Sethibor, présente des traits réservés aux pharaons : grande antichambre, salle des offrandes en albâtre, reliefs montrant la reine en posture masculine sur son bateau royal. Les inscriptions la présentent comme « Fille de Nout et de Geb », la plaçant dans la lignée des dieux.
Une influence qui traverse les siècles
Ankhésenpépi II ne fut pas seulement la mère d’un pharaon. Elle fut une pionnière, la première femme à revendiquer à la fois la régence et les privilèges religieux des rois. Sa stratégie politique, son audace religieuse et son héritage funéraire lui assurèrent une mémoire durable dans l’histoire égyptienne. Elle est le symbole d’une souveraine qui transforma son rôle de mère en autorité absolue, défiant les dieux et la royauté pour inscrire son nom dans l’éternité.
La Rédaction
Sources et références :
•National Geographic – « Ankhésenpépi II, la reine égyptienne qui voulait être pharaonne »
•Bernard Mathieu, Les Textes de la pyramide de la reine Ânkhesenpépi II, IFAO, 2024
•Mission archéologique franco-suisse de Saqqara (MAFS), université de Genève

