En un demi-siècle d’activité, la Banque ouest africaine de développement a injecté près de 10 000 milliards FCFA dans les économies de l’UEMOA. Un volume d’engagements qui place l’institution au centre des politiques d’infrastructures, d’industrialisation et de résilience sociale en Afrique de l’Ouest, à l’heure où la région fait face à des défis économiques et sécuritaires majeurs.
Une trajectoire construite dans la durée
Loin des logiques de financement à court terme, la BOAD s’est imposée comme une banque de cycle long. Depuis le lancement effectif de ses opérations en 1976, l’institution communautaire a progressivement bâti un portefeuille d’investissements qui atteint aujourd’hui 9 916,6 milliards FCFA. Ce chiffre, confirmé lors de la 149ᵉ session ordinaire du Conseil d’administration tenue à Lomé le 18 décembre 2025, traduit moins une performance comptable qu’une continuité stratégique : accompagner les États et les économies de l’UEMOA sur le temps long.
Dans une région exposée à des chocs multiples – démographiques, climatiques, sécuritaires – la banque a privilégié une approche structurante, combinant financement public, soutien au secteur privé et développement des capacités productives locales.
Investir là où l’économie tient encore
Les décisions récentes de la BOAD éclairent cette philosophie. Pour l’exercice 2026, six nouvelles opérations d’un montant global de 75 milliards FCFA ont été approuvées. Derrière ce volume, un choix assumé : cibler des projets capables de générer un effet d’entraînement durable sur les territoires.
Agriculture de transformation, infrastructures routières, industrie légère, énergie, formation professionnelle et financement des PME composent un portefeuille volontairement diversifié. Cette diversification n’est pas un empilement sectoriel ; elle répond à une logique de chaîne de valeur, de la production à la transformation, jusqu’à l’accès au marché.
Le Togo, laboratoire de la résilience territoriale
Au Togo, la BOAD a validé la réaffectation des ressources du Programme d’urgence de renforcement de la résilience dans la région des Savanes (PURS). Si les modalités opérationnelles restent à préciser, l’objectif demeure central : renforcer la cohésion économique et sociale dans une zone exposée à de fortes vulnérabilités.
L’institution avait déjà approuvé, en 2023, un financement de 30 milliards FCFA pour ce programme, destiné à désenclaver les localités du nord du pays par l’aménagement de pistes rurales, l’accès à l’électricité et à l’eau potable, ainsi que la mise en place d’équipements de transformation agricole. Une logique d’investissement socialement ciblé, pensée comme un levier de stabilisation économique.
Des projets ancrés dans l’économie réelle
En Guinée-Bissau, le financement d’un complexe agro-industriel de transformation de la noix de cajou vise à rompre avec l’exportation brute de matières premières. Au Burkina Faso, des travaux routiers structurants doivent améliorer la connectivité économique dans des zones à fort enclavement. Au Bénin, une unité d’assemblage de matériels électroniques illustre une volonté de montée en gamme industrielle.
Le Sénégal bénéficie d’infrastructures dédiées à la formation agricole, confirmant que la banque ne finance pas uniquement des équipements, mais aussi des compétences. En Côte d’Ivoire, des opérations de garantie dans le secteur énergétique viennent sécuriser des investissements stratégiques, tandis qu’une prise de participation complémentaire dans le Fonds Cauris IV renforce l’accès au financement des PME et PMI de l’espace UEMOA.
Une banque de développement face aux nouveaux équilibres régionaux
À l’heure où les marges budgétaires des États se resserrent et où les besoins d’investissement explosent, la BOAD occupe une position singulière. Ni simple bailleur, ni acteur politique, elle se situe à l’interface entre stratégie publique et économie réelle. Son bilan cumulé, proche de 10 000 milliards FCFA, témoigne d’un rôle structurant dans l’architecture financière régionale.
Plutôt que de multiplier les annonces, la banque poursuit une trajectoire fondée sur la sélectivité des projets, la soutenabilité financière et l’impact mesurable sur les territoires. Une posture qui, dans le contexte actuel de l’UEMOA, relève moins de la prudence que d’une lecture lucide des défis à venir.
Cap des 10 000 milliards : un seuil, pas un aboutissement
Frôler les 10 000 milliards FCFA d’investissements cumulés ne constitue pas une fin en soi. Pour la BOAD, ce seuil marque surtout l’entrée dans une nouvelle phase : celle d’une institution appelée à jouer un rôle encore plus central dans la transformation économique, la résilience sociale et l’intégration régionale ouest-africaine.
Dans un environnement instable, la constance devient une stratégie. Et c’est précisément sur ce terrain, discret mais décisif, que la BOAD a construit sa crédibilité.
La Rédaction

