Le tribunal de Sidi M’hamed à Alger a frappé fort. Dans une affaire de corruption qui entache les dernières élections présidentielles, trois anciens prétendants à la magistrature suprême, ainsi que plusieurs dizaines d’autres accusés, ont été lourdement condamnés. Une décision qui relance le débat sur la transparence démocratique en Algérie.
Des peines lourdes pour un scandale d’ampleur
Saida Neghza, influente femme d’affaires, ainsi que les anciens ministres Belkacem Sahli et Abdelhakim Hamadi, ont été condamnés à dix ans de prison ferme et à une amende d’un million de dinars chacun. Tous trois étaient accusés d’avoir acheté illégalement des parrainages électoraux en vue de l’élection présidentielle de 2024.
L’enquête a révélé un système de corruption bien rodé : les candidats auraient acheté des signatures à hauteur de 800 dinars l’unité, tandis que certains élus locaux ont reconnu avoir perçu entre 20 000 et 30 000 dinars pour parrainer ces candidats.
Une affaire tentaculaire
Au total, ce sont près de 70 autres personnes qui ont été condamnées dans cette affaire, avec des peines allant de cinq à huit ans de prison ferme. Parmi eux figurent notamment les trois fils de Saida Neghza, des élus locaux, ainsi que plusieurs membres de la Confédération Générale des Entreprises Algériennes (CGEA), une organisation patronale influente.
Le système de parrainages, censé garantir un filtre démocratique aux candidatures présidentielles, a donc été détourné à grande échelle à des fins personnelles et politiques.
Un scrutin biaisé, une réélection sans rival
Suite à la révélation du scandale, les trois candidats impliqués ont été exclus de la course présidentielle. Cela a largement facilité la réélection du président sortant, Abdelmadjid Tebboune, en l’absence de véritable concurrence. Cette affaire ternit d’autant plus la légitimité du scrutin.
Libres mais condamnés
Fait surprenant : malgré les lourdes peines prononcées, Saida Neghza, Belkacem Sahli et Abdelhakim Hamadi restent pour l’instant en liberté. Ils disposent d’un délai de dix jours pour faire appel de la décision. Ce contraste entre la sévérité du verdict et leur maintien en liberté pose de nouvelles questions sur l’état de droit et l’indépendance de la justice en Algérie.
Ce scandale électoral met en lumière les failles profondes du système politique algérien, où l’argent continue de peser lourd dans la conquête du pouvoir. Le verdict du tribunal marque un tournant, mais les doutes persistent quant à une réforme réelle des mécanismes de contrôle démocratique.
La Rédaction

