Depuis le 28 mars jusqu’au 11 avril 2026, la fondation culturelle Ahmed et Rabah Asselah accueille une exposition à la fois dense et méditative : Retrouvailles. Réunissant les artistes plasticiens Adel Djilali, Bendima Mohamed et KafnemerAbdelouahab, cette rencontre picturale s’inscrit dans une dynamique de réactivation des formes, des signes et des héritages. Mais au-delà de la simple réunion d’artistes, Retrouvailles pose une question essentielle : que retrouve-t-on réellement dans l’acte de peindre aujourd’hui ?
Une abstraction enracinée
L’exposition se déploie autour d’une trentaine d’œuvres où dominent abstraction et rigueur géométrique. Pourtant, cette abstraction n’est ni froide ni détachée. Elle est traversée par une mémoire vive.
Chez Adel Djilali, Bendima Mohamed et KafnemerAbdelouahab, la ligne n’est pas seulement forme : elle devient trace. Le motif n’est pas décoratif : il est porteur d’un récit ancien. Les compositions révèlent ainsi une tension féconde entre structure et spontanéité, entre héritage et invention.
Les artistes convoquent un vocabulaire visuel issu du patrimoine populaire algérien : signes, symboles, rythmes graphiques, qu’ils réinterprètent dans une écriture contemporaine. Cette hybridation donne naissance à un langage plastique singulier, où la tradition n’est pas citée mais transformée.
Philosophie de l’exposition : entre mémoire et devenir


La philosophie de Retrouvailles s’articule autour d’un double mouvement :
• Un retour vers l’origine, à travers l’exploration de l’identité culturelle, des racines et des signes fondateurs.
• Une projection vers le possible, où ces éléments sont déconstruits, recomposés et ouverts à de nouvelles lectures.
L’exposition ne se contente pas de préserver une mémoire : elle la met en tension. Elle interroge la capacité de l’art à être à la fois archive et invention.
Mais il convient d’aller plus loin : cette “recherche d’identité” n’est pas sans ambiguïté. Car toute identité figée devient rapidement un motif répétitif. Or, ce qui fait la force de ces œuvres, ce n’est pas leur fidélité au passé, mais leur capacité à le désorganiser pour en extraire une énergie nouvelle.
Retrouvailles : une rencontre ou une recomposition


Le titre même de l’exposition mérite attention. Retrouvailles suggère une réunion, un retour à quelque chose de perdu. Pourtant, ce qui se joue ici relève peut-être moins de la retrouvaille que de la reconstruction.
Les artistes ne retrouvent pas simplement une tradition : ils la recréent. Ils opèrent une sorte de traduction plastique où les codes anciens sont déplacés, fragmentés, parfois même mis en crise.
Dès lors, le spectateur n’est pas face à une mémoire stable, mais devant une mémoire en mouvement, instable, en train de se faire.
L’abstraction comme territoire vivant


Retrouvailles s’impose comme une exposition qui dépasse la simple présentation d’œuvres pour devenir un espace de réflexion sur l’art contemporain africain et ses ancrages.
Elle nous rappelle que l’abstraction, loin d’être une fuite du réel, peut être un moyen puissant de dialogue avec l’histoire, la culture et l’identité.
Mais surtout, elle nous invite à comprendre que ce que l’on retrouve dans l’art n’est jamais intact : c’est toujours transformé, réinventé, et profondément vivant.
Richard Laté Lawson-Body

