Cette semaine, un procès pour le moins surprenant se déroule au tribunal de Sidi M’hamed à Alger. Quatre administrateurs judiciaires, initialement désignés pour gérer les entreprises saisies appartenant à des oligarques de l’époque Bouteflika, se retrouvent aujourd’hui sur le banc des accusés. Ces administrateurs sont accusés d’avoir abusé de leur position pour s’enrichir, plutôt que de tenter de sauver les entreprises en difficulté.
Contrairement aux habituels procès impliquant d’anciens responsables ou hommes d’affaires liés au régime d’Abdelaziz Bouteflika, cette affaire concerne ceux qui étaient censés veiller sur les actifs des oligarques déchus. Nommés pour protéger ces entreprises, ils auraient au contraire profité de leur rôle pour se livrer à des pratiques douteuses.
Quatre d’entre eux sont actuellement jugés, et les accusations sont lourdes : salaires démesurés, transactions opaques, virements frauduleux vers leurs comptes personnels, et gestion chaotique. Les montants évoqués sont vertigineux, avec des rémunérations atteignant 6 millions de dinars par mois, tandis que les entreprises qu’ils étaient censés gérer se dégradaient, entraînant des milliers de pertes d’emploi. Les pertes pour le Trésor public sont estimées à 20 millions de dinars.
Ces administrateurs étaient chargés, entre décembre 2019 et fin 2020, de la gestion des entreprises de Mahieddine Tahkout dans le secteur des transports, du Global Group de Hassan Arbaoui dans l’automobile, du groupe d’électroménager Condor, et des actifs des frères Chelghoum dans le secteur de l’hydraulique.
Face aux accusations, les prévenus ont tenté de se justifier en invoquant un vide juridique, expliquant que l’État n’avait jamais défini de manière précise les modalités de leur rémunération. Faute de directives claires, ils auraient dû fixer eux-mêmes leurs salaires, ce qui a conduit aux montants jugés excessifs par la justice.
En plus des salaires mirobolants, les accusés doivent répondre de transactions douteuses ayant contribué à l’effondrement des entreprises sous leur responsabilité. Ces transactions, ainsi que la mauvaise gestion des actifs, auraient gravement détérioré la situation financière des sociétés concernées. L’un des administrateurs, se défendant maladroitement, a affirmé qu’il manquait d’expérience et qu’il signait quotidiennement des centaines de décisions sans mesurer les conséquences de ses actes.
Pour le procureur, ces justifications ne tiennent pas. Il a souligné que même en l’absence de directives précises, les administrateurs n’auraient pas dû s’attribuer des salaires aussi élevés. Ils sont accusés d’avoir transformé leur mission de service public en une véritable entreprise de corruption. Le ministère public a donc requis des peines pouvant aller jusqu’à dix ans de prison et une amende d’un million de dinars.
Enfin, le procureur a dénoncé les décisions financières hasardeuses et l’absence de stratégie de redressement, qui ont conduit à des pertes financières considérables et à des retards de paiement des salaires, provoquant la colère des employés des entreprises concernées.
La Rédaction

