Le cinéma n’est jamais une simple projection d’images : il est langage, mémoire, territoire. À Bordeaux, cette évidence prend une intensité singulière avec l’ouverture de la 5ᵉ édition du festival Afriques en vision, rendez-vous désormais incontournable pour celles et ceux qui souhaitent comprendre ce que les récits africains disent du monde, de l’Europe et du futur.
Du 27 novembre au 1ᵉʳ décembre, la ville se transforme en caisse de résonance pour les imaginaires du continent africain et de ses diasporas. Ici, on ne vient pas seulement voir des films. On vient interroger des représentations, déplacer des certitudes, écouter des voix trop longtemps écartées des grands circuits de distribution.
À lire aussi : Mashariki African Film Festival 2025 : Kigali s’impose comme la vitrine du cinéma africain
Un lever de rideau chargé d’histoire
Pour son ouverture, le festival frappe fort : Bal Poussière d’Henri Duparc, œuvre magistrale de la cinématographie ivoirienne, revient sur grand écran dans une version restaurée. Ce choix n’a rien d’anecdotique. Restaurer un classique africain, c’est réhabiliter un patrimoine souvent relégué aux marges, lui redonner le droit de dialoguer avec notre époque.
Derrière l’humour corrosif de Duparc se déploient les questions brûlantes de la polygamie, du rapport au pouvoir, des tensions entre traditions et modernité. Plus qu’une comédie, Bal Poussière est un miroir. Un miroir qui, en 2025, renvoie encore des images trop familières.
Une programmation qui refuse la complaisance
Afriques en vision ne collectionne pas des films : il orchestre des récits. Cette année, la sélection fait émerger des œuvres qui regardent la société dans les yeux, sans détour, sans concession.
La maternité, la mémoire, les ruptures politiques, l’exil, les héritages culturels, les frontières invisibles, les identités métissées — tout y passe. Les cinéastes convoqués ne quémandent pas une place dans le paysage culturel européen ; ils s’y installent avec autorité, et imposent leurs images, leurs langues, leurs silences.
Chaque projection devient débat. Chaque débat devient réflexion. Chaque réflexion crée un déplacement intérieur. C’est ce mécanisme que le festival cultive, patiemment, avec une ambition rare à l’échelle d’un événement régional.
À lire aussi : Festival Lumières d’Afrique 2025 : Besançon célèbre le cinéma africain
L’Europe face au regard africain
Ce festival n’est pas un geste de diversité culturelle. Il est un acte politique — au sens le plus noble du terme. Car ce sont les récits qui façonnent les sociétés. Ceux que le cinéma africain propose aujourd’hui déconstruisent la perception d’un continent souvent fantasmé, parfois infantilisant ou exotisé.
À Bordeaux, les films ne demandent pas l’hospitalité du regard français : ils exigent une conversation. Ils invitent à repenser le passé colonial, à explorer les enjeux de la migration, à questionner nos rapports au pouvoir, au genre, à la tradition, à la liberté.
Un pont durable entre deux rives
La force d’Afriques en vision tient à sa double nature : un espace de célébration artistique et un outil d’éducation collective. Le festival construit des passerelles — non pas folklore contre folklore, mais œuvre contre œuvre, pensée contre pensée.
Ce que Bordeaux accueille, ce n’est pas un continent lointain : c’est un horizon culturel qui façonne déjà le XXIᵉ siècle.
Cette 5ᵉ édition ne se contente pas de programmer des films. Elle pose une question fondamentale : qui raconte le monde dans lequel nous vivons ? En donnant voix aux créateurs africains, Afriques en vision rappelle une évidence trop longtemps ignorée : le continent n’est pas un sujet, il est un auteur. Et Bordeaux, le temps du festival, devient sa salle d’écriture.
La Rédaction
Pour les cinéphiles et curieux : infos pratiques
• Tarifs modestes (5 € tarif réduit / 8 € plein tarif), avec des pass 3 séances (15 €) ou 5 séances (25 €) pour maximiser l’expérience.
• Réservations en ligne via HelloAsso ou à la caisse du Cinéma Utopia, préventes disponibles depuis mi-novembre 2025.
• Certaines projections se déroulent aussi hors de Bordeaux (Cenon, Cadillac, Poitiers, Mont-de-Marsan, Paris…), ce qui ouvre le festival à un public large en Nouvelle-Aquitaine et au-delà.

