En 2026, l’Afrique n’est plus seulement confrontée à une juxtaposition de crises armées. Plusieurs conflits majeurs s’imposent désormais comme des facteurs structurants d’un nouvel ordre sécuritaire continental. Après une année 2025 marquée par une intensification des violences et l’échec de nombreuses médiations, l’International Crisis Group alerte sur des foyers de guerre dont les répercussions dépassent largement les cadres nationaux. Le Soudan, la Corne de l’Afrique et le Sahel central apparaissent comme les principaux épicentres de cette recomposition sécuritaire.
Le Soudan, une guerre de fragmentation aux effets régionaux durables
Au Soudan, le conflit a progressivement détruit les derniers fondements de l’État. L’affrontement prolongé entre forces rivales a entraîné l’effondrement des institutions, la fragmentation du territoire et une crise humanitaire d’une ampleur exceptionnelle. Les civils paient le prix le plus lourd, pris au piège d’une guerre où aucune solution politique crédible ne semble, à ce stade, se dessiner.
En 2026, la guerre soudanaise ne peut plus être analysée comme une crise interne. Elle exerce une pression directe sur les pays voisins, alimente des flux massifs de réfugiés et favorise la circulation incontrôlée des armes dans une région déjà fragile. Le Soudan s’impose ainsi comme un facteur de déstabilisation régionale majeur, capable d’affecter durablement les équilibres sécuritaires en Afrique centrale et orientale.
Corne de l’Afrique, entre cessez-le-feu fragile et tensions persistantes
Dans la Corne de l’Afrique, la fin officielle de la guerre du Tigré n’a pas mis un terme aux vulnérabilités structurelles de la région. Les accords ayant permis la cessation des hostilités ont réduit l’intensité des combats, mais ils n’ont pas résolu les rivalités politiques et militaires sous-jacentes.
Les recompositions internes en Éthiopie, les relations complexes avec l’Érythrée et les tensions communautaires toujours latentes maintiennent un climat d’incertitude. En 2026, le risque n’est pas nécessairement celui d’une reprise immédiate d’un conflit généralisé, mais celui d’une succession de crises localisées susceptibles de provoquer un nouvel embrasement régional. La Corne de l’Afrique demeure ainsi un espace sous haute surveillance, où la stabilité reste précaire.
Mali et Burkina Faso, le Sahel enfermé dans une insécurité chronique
Au Sahel central, le Mali et le Burkina Faso illustrent l’installation durable de la violence dans le paysage politique et sécuritaire. Malgré les changements de stratégie militaire et la redéfinition des partenariats internationaux, l’insécurité continue de s’étendre, touchant aussi bien les zones rurales que certains centres urbains.
Les groupes armés exploitent les fragilités institutionnelles, la pauvreté et les frustrations locales, tandis que les États peinent à rétablir leur autorité sur l’ensemble du territoire. En 2026, la crise sahélienne dépasse la seule dimension sécuritaire. Elle pose la question de la gouvernance, de la reconstruction de l’État et de la capacité à rétablir un lien de confiance durable entre pouvoirs publics et populations.
Une transformation profonde des conflits africains
Ces différents foyers de tension révèlent une évolution majeure des conflits africains. Ils ne se limitent plus à des affrontements armés classiques, mais combinent luttes de pouvoir, dynamiques transfrontalières, effritement étatique et influences extérieures. Cette complexité rend toute réponse strictement nationale insuffisante.
L’alerte lancée pour 2026 souligne une réalité stratégique : sans solutions politiques inclusives, sans renforcement des institutions et sans coordination régionale accrue, ces conflits continueront de redessiner l’ordre sécuritaire du continent. L’Afrique entre ainsi dans une phase où la gestion des crises ne peut plus être pensée dans l’urgence, mais dans une perspective de transformation durable.
La Rédaction

