L’Anopheles stephensi, un moustique originaire d’Asie adapté aux milieux urbains, suscite de vives inquiétudes en Afrique de l’Est. Vecteur efficace du paludisme, résistant aux insecticides et difficile à contrôler, il menace de renverser des décennies de progrès dans la lutte contre cette maladie.
Une propagation alarmante
Repéré en Afrique pour la première fois en 2012 à Djibouti, où le paludisme était presque éradiqué, l’Anopheles stephensi a entraîné une explosion des infections : de 27 cas à plus de 70 000 en quelques années. Il s’est depuis répandu en Éthiopie, au Kenya et au Soudan, touchant des villes densément peuplées comme Mombasa et Khartoum. L’OMS estime que jusqu’à 126 millions de citadins pourraient être exposés si sa progression se poursuit.
Un adversaire difficile à combattre
Ce moustique prospère dans des réservoirs d’eau stagnante en milieu urbain et pique plus tôt dans la soirée, limitant l’efficacité des moustiquaires. Sa résistance aux insecticides complique davantage les stratégies de lutte.
Meera Venkatesan, de l’USAID, prévient : « L’invasion de l’Anopheles stephensi pourrait redéfinir le paysage du paludisme en Afrique et annuler des avancées majeures. » Chaque année, le paludisme cause déjà plus de 600 000 décès sur le continent, qui concentre 95 % des cas mondiaux.
Urgence de la recherche et de la prévention
Mal connu, l’Anopheles stephensi nécessite des études approfondies pour comprendre son écologie et prévoir son expansion. Charles Mbogo, de l’Association panafricaine de lutte contre les moustiques, appelle à des investissements accrus pour capturer et analyser ces insectes. « Nous devons explorer son lien avec les climats chauds et renforcer la prévention, notamment en couvrant les récipients d’eau. »
Une menace multidimensionnelle
L’Anopheles stephensi aggrave une situation déjà critique. En Afrique de l’Est, la résistance croissante aux traitements antipaludiques et l’apparition de formes de la maladie échappant aux tests standards inquiètent. Dorothy Achu, de l’OMS, souligne : « Nous travaillons avec les pays touchés pour diversifier les traitements et freiner l’émergence de nouvelles résistances. »
Une coopération continentale renforcée est essentielle. L’OMS appelle à une volonté politique accrue pour empêcher l’apparition de variants encore plus résistants, qui pourraient compromettre les progrès réalisés.
Une riposte indispensable
Face à cette menace, une réponse rapide et coordonnée est cruciale. Intensifier la recherche, améliorer les infrastructures sanitaires et renforcer la prévention sont des mesures indispensables pour contenir l’avance de l’Anopheles stephensi. Sans une mobilisation immédiate, le continent risque une crise sanitaire majeure, réduisant à néant les efforts consacrés à la lutte contre le paludisme.
La Rédaction

