Les nations africaines se trouvent face à un défi de taille : concilier leurs aspirations à un développement économique et industriel rapide avec la nécessité de répondre aux engagements mondiaux de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Cette double exigence s’inscrit dans un contexte où les impacts du réchauffement climatique se font déjà sentir de manière aiguë sur le continent.
Un continent vulnérable mais peu responsable
Malgré sa contribution limitée aux émissions mondiales de gaz à effet de serre, estimée à seulement 4 %, l’Afrique subit de plein fouet les effets du réchauffement. Sécheresses, inondations et autres événements extrêmes perturbent des économies déjà fragiles. Avec 33 des 45 pays les moins avancés répertoriés par les Nations Unies, le continent fait face à des défis structurels majeurs : des revenus faibles, une industrialisation encore embryonnaire et des systèmes de résilience insuffisants.
Pourtant, les pays africains ont massivement ratifié l’Accord de Paris, s’engageant à limiter la hausse des températures mondiales à 2 °C. Mais en 2024, la barre des 1,5 °C d’augmentation par rapport aux niveaux préindustriels a été franchie, rendant la situation encore plus critique.
Entre développement et pression climatique
Les priorités économiques influencent fortement les engagements des États. Les pays subsahariens les plus riches, tels que le Nigeria et l’Afrique du Sud, sont confrontés à des attentes sociales et politiques pour élargir l’accès à l’énergie et développer leur capacité industrielle. Cette dynamique réduit leur marge de manœuvre pour adopter des politiques climatiques ambitieuses.
Une étude récente a démontré que le produit intérieur brut par habitant est un facteur clé dans la détermination des engagements climatiques des pays africains. Plus un pays est économiquement développé, plus il a tendance à privilégier son expansion industrielle au détriment de la réduction des émissions. Ce paradoxe met en lumière les tensions entre le besoin urgent de croissance et les exigences internationales en matière de lutte contre le réchauffement.
Une adaptation privilégiée à l’atténuation
Face aux défis posés par le réchauffement, de nombreux pays africains privilégient des mesures d’adaptation plutôt que des efforts pour réduire leurs émissions. L’amélioration des pratiques agricoles pour lutter contre la sécheresse, le développement de systèmes de gestion des inondations ou encore la mise en place d’infrastructures résilientes figurent parmi les priorités. Ces actions répondent directement aux besoins des populations tout en s’inscrivant dans une logique de survie face aux catastrophes climatiques.
Cependant, l’utilisation des combustibles fossiles reste une réalité dans de nombreux États, où les secteurs économiques reposent encore sur ces énergies. Paradoxalement, certains gouvernements parviennent à initier des réductions d’émissions grâce à la domination de l’agriculture et des activités forestières dans leur économie, moins intensives en carbone.
Une gouvernance climatique à construire
Pour relever ces défis, il est crucial de trouver un équilibre entre croissance économique et durabilité environnementale. Cela passe par des politiques cohérentes, intégrant des investissements dans les énergies renouvelables et des projets de développement durable. Le potentiel de l’énergie solaire, éolienne et hydraulique en Afrique est immense et peut permettre au continent de réduire sa dépendance aux combustibles fossiles tout en favorisant la création d’emplois verts.
Un renforcement des institutions s’impose également. Une gouvernance plus transparente et participative pourrait permettre aux populations de s’impliquer davantage dans la conception des politiques environnementales. Les structures démocratiques, bien que parfois fragiles, doivent être renforcées pour résister aux pressions économiques à court terme.
Le rôle de la communauté internationale est tout aussi crucial. Les pays développés, principaux responsables historiques des émissions, doivent intensifier leur soutien à l’Afrique. Cela inclut des financements accrus, le transfert de technologies vertes et une assistance technique pour aider les nations africaines à atteindre leurs objectifs tout en répondant aux besoins de leurs populations.
Construire un avenir équilibré
L’Afrique, avec ses 1,24 milliard d’habitants, ne peut être exclue de la gouvernance climatique mondiale. Ses priorités de développement doivent être prises en compte dans les discussions internationales, afin de construire une réponse globale plus juste au réchauffement. En conciliant ambitions économiques et résilience environnementale, le continent peut devenir un modèle pour une transition écologique adaptée aux réalités du Sud.
La Rédaction

