Inflation persistante, conflits prolongés et bouleversements climatiques amplifient l’insécurité alimentaire en Afrique. Ces défis, combinés à une demande alimentaire en constante augmentation, rappellent l’importance d’une autonomie alimentaire renforcée.
Aujourd’hui, environ 322 millions d’Africains souffrent d’une insécurité alimentaire grave, tandis que 473 millions subissent des formes modérées de restrictions alimentaires. Cela représente plus de la moitié de la population du continent, ce qui en fait la région la plus touchée au monde. Le manque d’accès à une alimentation équilibrée est attribué principalement à la pauvreté, autant en zones urbaines qu’en zones rurales. En ville, les familles modestes sont confrontées à un coût alimentaire très élevé, dépassant parfois les standards observés dans des régions économiquement plus avancées. À la campagne, les petits agriculteurs manquent de moyens pour produire suffisamment jusqu’à la récolte suivante.
Bien que globalement modérée à l’échelle du continent, avec seulement 16 % des denrées alimentaires issues des importations, la dépendance est bien plus marquée dans certains pays. Par exemple, en Algérie, au Botswana ou au Gabon, plus de 70 % des céréales consommées sont importées. Cette situation rend ces économies particulièrement sensibles aux chocs extérieurs, comme les perturbations des marchés mondiaux observées en 2022 avec la guerre en Ukraine.
Les projections démographiques placent l’Afrique au cœur de la croissance mondiale : d’ici 2050, la population du continent pourrait atteindre plus de 2,5 milliards d’habitants. Cela se traduira par une augmentation de 160 % des besoins alimentaires, dans un contexte où la pression sur les terres arables et les ressources naturelles est déjà forte.
Pour répondre à cette demande croissante, l’Afrique doit privilégier une augmentation des rendements agricoles, plutôt qu’une extension des surfaces cultivées. Cela implique des investissements massifs dans les infrastructures agricoles, l’irrigation, les intrants modernes et la recherche agronomique adaptée au contexte local. Cette stratégie présente un triple avantage : limiter la déforestation et préserver les écosystèmes, réduire la dépendance aux marchés internationaux, soutenir les agriculteurs locaux, souvent parmi les plus pauvres, et stimuler les économies rurales.
En 2024, l’autonomie alimentaire apparaît comme un enjeu central pour garantir la résilience du continent. Elle ne peut être atteinte sans une coordination accrue entre les gouvernements, les institutions régionales et les partenaires internationaux. L’Afrique dispose du potentiel nécessaire pour relever ce défi, mais cela exige des politiques audacieuses et des investissements durables à long terme. L’enjeu dépasse la simple sécurité alimentaire : il s’agit de bâtir une Afrique plus souveraine et mieux préparée aux crises futures.
La Rédaction

