Le continent a considérablement élargi l’accès à l’école, sans garantir l’acquisition des savoirs essentiels. À la fin du primaire, une immense majorité d’enfants ne maîtrise toujours ni la lecture, ni l’écriture, ni le calcul. Le défi africain n’est donc plus seulement de scolariser, mais de faire réellement apprendre.
L’école africaine accueille davantage d’élèves, mais elle peine encore à leur transmettre les compétences élémentaires. Selon les constats présentés lors de la conférence Flex 2026, tenue en juillet à Lilongwe, neuf enfants sur dix quitteraient le cycle fondamental sans maîtriser suffisamment la lecture, l’écriture et le calcul.
Derrière cette moyenne alarmante se cachent toutefois de fortes disparités. Au Sénégal, les résultats se sont améliorés en une décennie : en 2025, 75 % des élèves atteignaient le niveau requis en lecture et 65 % en mathématiques. Dans plusieurs pays confrontés aux conflits, aux déplacements de population ou à la destruction d’écoles, les performances restent nettement plus faibles.
Des solutions existent, mais restent à petite échelle
Plusieurs expériences montrent qu’un redressement est possible. En Tanzanie, le programme Mewaka a fortement amélioré les résultats en lecture. Le Nigeria déploie l’approche Teaching at the Right Level, qui adapte l’enseignement au niveau réel des élèves plutôt qu’à leur classe officielle.
Au Malawi, près de 890 000 enfants utilisent des tablettes alimentées à l’énergie solaire dans le cadre du programme Befit. Ces outils renforcent l’apprentissage de la lecture et des mathématiques, tout en accompagnant la formation des enseignants.
Le problème n’est donc plus l’absence de méthodes efficaces, mais leur généralisation. Trop de programmes restent confinés à quelques régions, dépendants de financements extérieurs ou insuffisamment intégrés aux politiques nationales.
La langue d’enseignement au cœur du débat
L’usage des langues maternelles apparaît comme l’un des leviers les plus prometteurs. Un enfant apprend plus facilement à lire et à raisonner dans une langue qu’il comprend déjà.
Au Sénégal, les programmes Lecture pour tous et Élan ont montré l’intérêt d’une pédagogie bilingue associant langues nationales et français. Mais leur extension exige des enseignants formés, des manuels adaptés et des choix politiques parfois délicats dans des pays caractérisés par une grande diversité linguistique.
L’Afrique ne manque ni de stratégies ni de conférences sur l’éducation. Ce qui lui fait encore défaut, c’est la capacité de transformer les expériences réussies en politiques publiques durables. Après avoir remporté une partie de la bataille de l’accès à l’école, le continent doit désormais affronter la plus difficile : celle de la qualité réelle des apprentissages.
La Rédaction

