Les difficultés d’apprentissage observées chez de nombreux élèves togolais prennent souvent racine bien avant leur entrée à l’école primaire. Les résultats d’une récente étude invitent à replacer le développement de la petite enfance au cœur des politiques éducatives, en faisant de l’enseignement préscolaire un investissement stratégique pour améliorer durablement les performances scolaires et réduire les inégalités.
L’avenir du système éducatif togolais pourrait se jouer bien avant le cours préparatoire. C’est l’un des principaux enseignements d’une étude consacrée au développement de la petite enfance, dont les conclusions plaident pour un renforcement des investissements dans l’enseignement préscolaire afin d’améliorer les acquis des élèves tout au long de leur parcours scolaire.
Présentés à Lomé lors d’un atelier réunissant représentants du gouvernement, chercheurs, partenaires techniques et financiers, organisations de la société civile et médias, ces travaux ambitionnent d’éclairer les politiques publiques à partir de données scientifiques. L’objectif est de contribuer à l’élaboration d’une feuille de route intégrant les recommandations de l’étude dans les stratégies nationales en faveur de la petite enfance et de l’amélioration des apprentissages.
L’étude a été conduite par le Dr Etayibtalnam Koudjom, membre de l’Équipe de recherche en économie agricole et appliquée (ERE2A) de l’Université de Lomé et lauréat 2024-2025 de l’Africa Fellows in Education Program (AFEP), avec l’appui du Partenariat pour les politiques économiques (PEP) et du Global Education Analytics Institute (GEAI).
Des apprentissages fragiles malgré les progrès de la scolarisation
Les chercheurs relèvent que, malgré les avancées enregistrées dans l’expansion de l’enseignement préscolaire, les difficultés d’apprentissage demeurent importantes. Selon les données du Programme d’analyse des systèmes éducatifs de la CONFEMEN (PASEC), près de 70 % des élèves terminent encore le cycle primaire sans maîtriser les compétences fondamentales en lecture et en mathématiques.
L’étude établit un lien entre ces résultats et le parcours éducatif des enfants avant leur entrée au primaire. Elle montre que la fréquentation d’un établissement préscolaire améliore significativement les performances scolaires et favorise un meilleur développement des compétences de base.
Au-delà du constat, les chercheurs mettent en évidence les bénéfices d’un investissement précoce dans le capital humain, considéré comme l’un des leviers les plus efficaces pour améliorer les résultats scolaires et réduire les inégalités éducatives.
Faire du préscolaire une priorité nationale
Les recommandations formulées invitent à accélérer le développement de l’enseignement préscolaire, en particulier dans les communautés rurales et les zones les plus défavorisées.
Les auteurs préconisent une stratégie combinant la construction de nouvelles infrastructures, le déploiement d’enseignants qualifiés, la mise à disposition de matériels pédagogiques adaptés ainsi qu’un accompagnement financier des ménages les plus vulnérables afin de favoriser un accès plus équitable à l’éducation de la petite enfance.
L’étude encourage également un meilleur arrimage entre les politiques éducatives et les dispositifs de protection sociale, notamment à travers les programmes de transferts monétaires et les initiatives en faveur de la protection de l’enfance.
Des décisions publiques davantage fondées sur la recherche
Pour le secrétaire général du ministère de l’Éducation nationale, Ahiya Barakpété, les progrès enregistrés en matière d’accès à l’éducation doivent désormais s’accompagner d’une amélioration de la qualité des apprentissages. Il rappelle que les données disponibles montrent qu’une part importante des élèves quitte encore l’école primaire sans maîtriser les compétences essentielles en lecture et en mathématiques, une situation qui appelle des réponses appuyées sur des preuves scientifiques.
Le représentant du président de l’Université de Lomé, le Pr Kola Edinam, estime pour sa part que ces travaux illustrent la capacité de la recherche togolaise à produire des connaissances utiles aux réformes du système éducatif. Selon lui, la qualité des politiques publiques dépendra de plus en plus de la capacité des institutions à faire de la recherche un véritable outil d’aide à la décision.
À travers cette étude, le débat éducatif se déplace ainsi de la seule question de l’accès à l’école vers celle des conditions d’apprentissage dès les premières années de vie. Une évolution qui place désormais le préscolaire au cœur de la stratégie de développement du capital humain au Togo.
La Rédaction

