La Commission électorale indépendante (CEI) a levé le voile sur les résultats du contentieux électoral relatif à la liste provisoire pour la présidentielle d’octobre 2025. En tout, 11 415 réclamations ont été enregistrées, débouchant sur 6 362 rectifications, 1 567 radiations et 3 456 nouvelles inscriptions sur une base électorale de 8 761 348 personnes. Mais loin d’apaiser les tensions, ces chiffres ont ravivé la méfiance de l’opposition.
Une liste jugée peu crédible
Pour Pascal Affi N’Guessan, président du Front populaire ivoirien (FPI), la question dépasse le simple cadre des corrections techniques. « Le problème de la liste électorale n’est pas une question de rectification, de radiation ou d’inscription de tel ou tel électeur, mais de fiabilité et de crédibilité de toute la liste », a-t-il déclaré mercredi 9 avril. Son parti accuse la CEI d’avoir violé les conditions d’inscription définies par le code électoral, notamment l’article 7, et évoque des irrégularités concernant près de six millions d’électeurs, sur la base de plusieurs audits informatiques.
Le FPI va plus loin, dénonçant des « mutations fantaisistes », une « transhumance organisée » de votants, des « centaines de milliers de doublons », et une manipulation présumée de la liste par un service informatique « contrôlé par le RHDP » — parti au pouvoir — pour « garantir une victoire frauduleuse » lors des scrutins présidentiel et législatif d’octobre 2025.
Des centenaires en pagaille et des radiations ciblées
Le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI), autre pilier de l’opposition, a lui aussi relevé des anomalies. Dans une récente analyse, il note une explosion suspecte du nombre de centenaires inscrits : 8 106 en 2024 contre 4 724 en 2023, dont 124 auraient plus de 150 ans.
Par ailleurs, la radiation de trois figures majeures de la scène politique nationale — Laurent Gbagbo, Charles Blé Goudé et Guillaume Soro — alimente la polémique. Tous trois ont été privés de leurs droits civiques à la suite de condamnations judiciaires. Gbagbo et Blé Goudé avaient été condamnés en 2018 pour leur rôle dans la crise postélectorale de 2010-2011. Quant à Guillaume Soro, il a écopé de la prison à perpétuité en 2021 pour atteinte à la sûreté de l’État.
Vers un scrutin à haut risque
La CEI avait publié la liste électorale provisoire le 17 mars dernier, lançant ainsi officiellement la phase de contentieux. Mais ces résultats et la réaction virulente de l’opposition augurent d’un climat politique tendu à quelques mois d’une élection décisive. À mesure que se rapproche l’échéance d’octobre 2025, les lignes de fracture semblent se creuser plutôt que se résorber.
La Rédaction

