Plus de trois décennies après la fin du régime ségrégationniste, l’Afrique du Sud écrit une nouvelle page de son histoire judiciaire. Le 14 avril 2025, un juge sud-africain a autorisé le parquet à poursuivre deux anciens agents du régime de l’apartheid pour crime contre l’humanité, et plus précisément pour crime d’apartheid. Une décision sans précédent dans le pays de Nelson Mandela, et un signal fort lancé à tous les régimes où la ségrégation a été institutionnalisée.
Une affaire vieille de 43 ans ressurgit
Les faits remontent à 1982. Cette année-là, trois jeunes militants anti-apartheid – Nokuthula Simelane, Thami Zulu et Sipho Hashe – disparaissent mystérieusement après avoir été arrêtés et interrogés par les forces de sécurité sud-africaines. Longtemps classée, l’affaire est aujourd’hui rouverte, et les deux accusés, un ancien policier et un ex-informateur du régime, pourraient devenir les premiers individus au monde poursuivis spécifiquement pour crime d’apartheid, tel que défini dans le droit international.
Un tournant judiciaire international
Le crime d’apartheid est reconnu depuis 1973 comme un crime contre l’humanité par les Nations Unies, mais il n’a encore jamais été utilisé devant une juridiction nationale ou internationale. L’Afrique du Sud, en autorisant pour la première fois l’usage de cette qualification, vient combler un vide juridique et symbolique. Pour les organisations de défense des droits humains, il s’agit d’un jalon historique, non seulement pour les familles des victimes, mais pour l’ensemble des peuples qui ont souffert de régimes racistes et ségrégationnistes.
Un pas vers la vérité, tardif mais nécessaire
Ce jugement marque une rupture avec des décennies d’inertie. Après la fin de l’apartheid en 1994, la Commission Vérité et Réconciliation avait prôné l’amnistie en échange d’aveux. Mais nombre de responsables sécuritaires n’ont jamais comparu, faute d’aveux ou d’initiatives judiciaires. Cette relance tardive des poursuites s’inscrit dans un mouvement plus large de reconnaissance des traumatismes historiques laissés par l’apartheid.
Un message universel au-delà des frontières sud-africaines
En permettant de juger le crime d’apartheid dans un tribunal national, Pretoria lance un avertissement aux régimes autoritaires et aux gouvernements complices de discriminations raciales systémiques. Ce précédent pourrait inspirer d’autres pays ou juridictions internationales à requalifier certaines pratiques contemporaines – y compris dans les territoires occupés ou les États aux politiques de ségrégation – à l’aune du droit international.
La justice sud-africaine, souvent critiquée pour sa lenteur, montre ici qu’elle peut, malgré le temps écoulé, rendre justice et vérité. Il ne s’agit plus seulement de solder le passé, mais de refuser l’oubli.La Rédaction

