Dans un contexte économique mondial marqué par une forte dépendance aux devises étrangères, certains pays prennent une décision audacieuse : interdire l’usage du dollar et d’autres monnaies étrangères dans leurs transactions internes. Cette démarche vise à renforcer la souveraineté monétaire, préserver les réserves de change et stimuler l’usage de leur propre monnaie nationale.
Tanzanie : un choix radical pour le marché intérieur
Depuis le 28 mars 2025, la Tanzanie impose que toutes les transactions sur son territoire soient effectuées uniquement en shillings tanzaniens (TZS). Cette mesure concerne les paiements, la fixation des prix, et les contrats, interdisant toute utilisation du dollar, de l’euro ou d’autres devises étrangères, sauf pour quelques exceptions ciblées (touristes, diplomates, financements extérieurs).
Cette politique vise à endiguer la dépréciation du shilling, à maîtriser l’inflation et à préserver les réserves de change. Elle souligne la volonté des autorités de renforcer leur souveraineté économique en limitant l’emprise des devises étrangères sur le marché intérieur.
Le rôle du dollar : un choix pragmatique, pas une obligation
Il est important de rappeler que l’utilisation du dollar américain dans les échanges internationaux ou locaux n’est pas imposée par les États-Unis.
Beaucoup de pays choisissent d’adopter cette devise étrangère en raison de sa stabilité, de sa liquidité et de la confiance qu’elle inspire, surtout quand leur propre monnaie manque de crédibilité ou de stabilité.
Cependant, cette dépendance pose une contradiction majeure : avoir une monnaie nationale tout en réalisant une grande partie des transactions internes dans une devise étrangère limite la capacité d’un État à contrôler sa politique monétaire et sa souveraineté économique.
Zimbabwe : un exemple d’interdiction suivie d’ajustements
En juin 2019, le Zimbabwe a interdit l’usage de devises étrangères pour les transactions internes, imposant le dollar zimbabwéen comme seule monnaie légale sur son marché domestique.
Mais face à la forte inflation et à la perte de confiance dans la monnaie locale, les autorités ont assoupli cette interdiction dès mars 2020. Cette expérience illustre la complexité de réduire la dépendance aux devises étrangères sans une base économique stable et un climat de confiance.
Zambie : vers une future réglementation
La Zambie envisage actuellement de renforcer l’usage de sa monnaie nationale, le kwacha, en criminalisant l’usage du dollar dans les transactions internes.
Cette initiative est encore à l’étude, mais témoigne d’une volonté politique claire de réduire la dollarisation de l’économie et de recentrer les échanges autour de la monnaie locale.
Autres cas et tendances
• Au Venezuela, les autorités ont commencé à remplacer progressivement le dollar par d’autres devises comme l’euro et le yuan dans certaines opérations officielles, sans interdire complètement le dollar à l’intérieur du pays.
• En Afghanistan, des discussions sont en cours pour favoriser l’usage des monnaies locales dans le commerce extérieur avec la Russie et la Chine, mais sans bannir le dollar dans les transactions domestiques.
Les défis d’une telle politique
Interdire ou limiter l’usage des devises étrangères dans un pays où elles sont largement utilisées présente des risques :
• Une possible hausse des prix si la monnaie nationale se déprécie
• La création d’un marché noir des devises étrangères
• Un risque de baisse de confiance des investisseurs étrangers
Le succès repose sur la stabilité macroéconomique, la confiance des citoyens dans la monnaie locale, et des mesures de soutien adaptées.
Cette vague de dé-dollarisation montre la volonté croissante des pays de reconquérir leur souveraineté économique en réduisant leur dépendance à une monnaie étrangère. La Tanzanie, le Zimbabwe et la Zambie sont à la pointe de cette tendance, avec des résultats encore à consolider.
La Rédaction

