L’ONU alerte sur une convergence inédite des risques sécuritaires en Afrique, entre terrorisme, trafics, conflits communautaires et circulation des armes. Au Togo, cette pression prend une dimension concrète : la progression de groupes armés depuis le Sahel transforme désormais le nord du pays en zone de vigilance stratégique.
La frontière entre le Sahel et les pays côtiers d’Afrique de l’Ouest devient de plus en plus poreuse. Vendredi, la coordonnatrice résidente du Système des Nations Unies, Coumba Sow, a mis en garde contre l’accumulation simultanée de menaces qui fragilisent les États : terrorisme, criminalité transnationale, violences communautaires, trafics d’armes, tensions autour des ressources et effets du changement climatique.
Le Togo illustre directement cette évolution. Son nord reste exposé aux incursions de groupes armés opérant depuis le Burkina Faso, alors que l’extrémisme violent cherche depuis plusieurs années à progresser vers les pays du golfe de Guinée.
Les armes légères comme accélérateur de crise
Pour les Nations Unies, la circulation des armes légères constitue l’un des principaux facteurs d’aggravation. Elles ne déclenchent pas nécessairement les conflits, mais renforcent leur létalité, prolongent les affrontements et compliquent les efforts de médiation.
Cette dimension est particulièrement sensible dans les zones frontalières, où se superposent trafics, présence de groupes armés et fragilité des administrations locales. La disponibilité des armes facilite aussi le passage d’un conflit communautaire ou criminel à une violence beaucoup plus structurée.
Le contrôle des flux illicites devient donc un outil de prévention à part entière. Il ne s’agit plus seulement de désarmer après une crise, mais d’empêcher que des réseaux criminels ou jihadistes ne disposent suffisamment tôt des moyens nécessaires pour s’implanter durablement.
Lomé veut consolider son rôle régional
Le Togo cherche à se positionner comme un acteur de la prévention sécuritaire. Le pays accueille le siège du Centre régional des Nations Unies pour la paix et le désarmement en Afrique, l’UNREC, qui accompagne 54 États africains dans les politiques de désarmement, de limitation des armements et de consolidation de la paix.
Dans les prochaines semaines, Lomé doit également accueillir la mise en place d’un groupe de responsables engagés sur les questions de désarmement et de sécurité régionale. L’objectif est de renforcer les capacités d’analyse des crises locales et d’améliorer la coordination des réponses.
Coumba Sow plaide plus largement pour des institutions nationales plus solides, des mécanismes d’alerte précoce et une coopération internationale renforcée, dans le cadre du Pacte pour l’avenir adopté en 2024 et du Programme d’action des Nations Unies sur les armes légères.
Prévenir avant que le front ne se déplace
L’alerte de l’ONU souligne un changement majeur : les pays côtiers ne peuvent plus considérer l’instabilité sahélienne comme une crise extérieure. À mesure que les groupes armés cherchent de nouvelles routes, des zones de repli ou des relais logistiques, la distinction entre Sahel et golfe de Guinée devient de moins en moins pertinente sur le plan sécuritaire.
Pour le Togo et ses voisins, l’enjeu consiste donc à agir avant que les incursions ponctuelles ne se transforment en implantation durable. Cela suppose de combiner contrôle des armes, coopération frontalière, présence de l’État et prévention des tensions locales. La bataille se joue désormais autant dans les territoires périphériques que dans les capitales.
La Rédaction
Source : déclarations de Coumba Sow, coordonnatrice résidente du Système des Nations Unies, et informations du Centre régional des Nations Unies pour la paix et le désarmement en Afrique (UNREC).

