Alors que le Sahel est en proie à une instabilité grandissante, le Sénégal renforce sa vigilance face à la menace djihadiste qui se rapproche dangereusement de ses frontières. L’attaque récente de Kayes, à la frontière malienne, rappelle que le pays ne peut se permettre aucun relâchement. Entre militarisation accrue, coopération régionale et stratégies de développement, Dakar ajuste sa riposte.
Une frontière sous tension
Le Sénégal partage une frontière avec le Mali, pays où les groupes armés liés à Al-Qaïda et à l’État islamique ont étendu leur emprise. L’attaque de Kayes, visant un poste de gendarmerie et un bureau de douane, est un signal d’alerte : les terroristes ne reculent plus devant les zones frontalières stratégiques. Kayes présente des similitudes frappantes avec les régions sénégalaises de Kédougou et Tambacounda : des terres riches en ressources minières mais marquées par un chômage élevé et des populations vulnérables aux discours extrémistes.
Face à cette menace, les Forces de défense et de sécurité sénégalaises (FDS) ont renforcé leur présence dans les zones frontalières. Des patrouilles sont déployées à Kédougou, Kidira, Salémata et le long du fleuve Falémé, où des groupes terroristes tentent d’infiltrer des réseaux de recrutement. Plusieurs arrestations ont d’ailleurs eu lieu discrètement, sans médiatisation, afin d’éviter la panique au sein de la population.
Une riposte militaire et diplomatique
La réponse du Sénégal ne se limite pas à la surveillance de son territoire. Dakar mise aussi sur la coopération régionale pour endiguer la menace. Le ministre sénégalais des Forces armées a récemment effectué une mission stratégique au Mali, discutant avec son homologue de la nécessité d’un contrôle accru des mouvements transfrontaliers, notamment dans les zones d’orpaillage où opèrent des réseaux terroristes.
Le Sénégal avait également bénéficié du soutien de l’Union européenne via le Groupe d’Action Rapide de Surveillance et d’Intervention (GARSI). Ce programme, doté de 41 millions d’euros, a permis de renforcer les capacités de la gendarmerie sénégalaise. Même si son mandat a pris fin en 2021, les autorités cherchent à obtenir un prolongement du soutien européen pour continuer ces opérations essentielles.
Lutter autrement : le pari du développement
Dakar ne se contente pas d’une réponse militaire : la lutte contre le terrorisme passe aussi par l’amélioration des conditions de vie des populations frontalières. Depuis 2017, le Programme d’Urgence de Modernisation des Axes et Territoires Frontaliers (PUMA) vise à réduire la précarité dans dix régions vulnérables, parmi lesquelles Kédougou, Tambacounda et Kolda.
Entre 2017 et 2024, ce programme a permis l’aménagement de 20 000 hectares de terres agricoles, la construction de 569 infrastructures hydrauliques et 583 structures sanitaires. L’objectif est clair : éviter que la misère ne devienne un terreau fertile pour les recruteurs djihadistes.
Un équilibre fragile
Malgré ces efforts, le Sénégal reste exposé. La situation au Mali demeure imprévisible, et les réseaux terroristes, bien que sous pression, cherchent toujours de nouvelles failles à exploiter. La vigilance de l’État sénégalais sera déterminante dans les mois à venir pour empêcher toute percée djihadiste sur son sol.
La Rédaction

