Depuis sa création en 2002, la Cour pénale internationale (CPI) est perçue de manière ambivalente en Afrique de l’Ouest. Si certains pays soutiennent son rôle en tant que garant de la justice internationale, d’autres considèrent que la Cour applique une justice à deux vitesses, principalement ciblée sur le continent africain.
Une justice jugée sélective
La perception dominante dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest est que la CPI se concentre excessivement sur des affaires africaines. Depuis son établissement, la majorité des enquêtes et poursuites concernent des pays du continent, ce qui alimente l’idée d’un biais néocolonial.
Le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont formalisé cette critique en septembre 2025 en annonçant leur retrait du Statut de Rome. Ces pays ont dénoncé une « justice sélective » et exprimé leur volonté de créer des mécanismes judiciaires locaux pour traiter les crimes graves.
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Exemples concrets de tensions
En Côte d’Ivoire, la CPI a poursuivi l’ancien président Laurent Gbagbo et son ministre Charles Blé Goudé pour crimes contre l’humanité. Bien que la Cour ait prononcé leur acquittement définitif en 2021, le procès a suscité des débats sur l’équité et la partialité de la justice internationale.
Au Mali, la CPI a enquêté sur des crimes liés aux conflits armés et aux violations des droits humains commises par des groupes armés et parfois par des forces gouvernementales. Le pays estime que ces enquêtes n’ont pas toujours pris en compte la complexité locale et le contexte sécuritaire du Sahel.
Le Burkina Faso, de son côté, reproche à la CPI de ne pas avoir ouvert d’enquête sur certains crimes commis par des acteurs internationaux ou occidentaux dans la région, renforçant l’idée que la Cour cible surtout les pays africains.
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Un débat régional et international
Ces critiques ne signifient pas un rejet complet de la justice internationale. Plusieurs pays ouest-africains continuent de coopérer avec la CPI sur des enquêtes spécifiques, notamment concernant la lutte contre le terrorisme et les crimes graves.
Cependant, les débats sur la souveraineté nationale et l’efficacité de la CPI restent vifs, certains analystes estimant qu’une meilleure coordination entre justice nationale et internationale pourrait renforcer la légitimité de la Cour.
Vers une justice africaine autonome ?
Le retrait du Mali, du Burkina Faso et du Niger a relancé la discussion sur la création de mécanismes régionaux de justice en Afrique de l’Ouest. Ces pays envisagent de mettre en place une Cour pénale sahélienne ou régionale, capable de traiter les crimes graves tout en respectant les spécificités locales.
Cette initiative soulève toutefois des questions sur l’indépendance, la capacité judiciaire et le financement de telles structures.
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La perception de la CPI en Afrique de l’Ouest reste donc complexe : elle oscille entre reconnaissance de l’importance d’une justice internationale et critique d’une Cour jugée partiale et trop centrée sur le continent africain. L’avenir de la coopération avec la CPI dépendra de la capacité de la Cour à adapter son approche et de la volonté des États africains à trouver un équilibre entre souveraineté et justice universelle.
La Rédaction

