Malgré une brouille politique persistante depuis le coup d’État de juillet 2023 à Niamey, le Bénin et le Niger affichent une étonnante résilience économique. Alors que les tensions diplomatiques perdurent entre Cotonou et la junte militaire nigérienne, plusieurs secteurs clés continuent de fonctionner, voire de prospérer. Une croissance tirée par des moteurs inattendus, dans un climat régional pourtant instable.
Des tensions politiques aux frontières figées
Depuis la prise de pouvoir par les militaires au Niger, les relations entre les deux voisins sont plombées par des accusations mutuelles : Cotonou reproche à Niamey de saboter la coopération économique, tandis que la junte dénonce une collusion béninoise avec les puissances occidentales. Résultat : frontières terrestres fermées côté nigérien, restrictions sur les flux commerciaux, et un gel des contacts politiques officiels.
Mais dans l’ombre de cette guerre froide régionale, l’économie, elle, refuse de s’arrêter.
Pétrole, corridors et logistique : les poumons de la croissance
Le pétrole nigérien, malgré les turbulences, reste l’un des piliers de cette croissance atypique. L’oléoduc géant reliant les champs pétroliers d’Agadem au terminal de Sèmè-Kpodji au Bénin, long de plus de 2 000 kilomètres, est quasiment achevé. À Sèmè-Kpodji, la station PS09, vaste de 250 000 m², comprend trois immenses réservoirs de 100 000 m³ chacun et assure les opérations de stockage, de comptage et de chargement du brut destiné à l’export.
Si les cargaisons de pétrole peinent encore à traverser la frontière nigérienne, les infrastructures, elles, sont prêtes. Et les deux pays savent qu’à long terme, ce pipeline est une manne économique qu’ils ne pourront pas ignorer.
Agriculture, numérique et BTP : les moteurs internes
Côté béninois, la stratégie de diversification engagée par le président Patrice Talon commence à porter ses fruits. L’agriculture, notamment le coton et l’anacarde, reste solide malgré les difficultés logistiques. Le secteur numérique, encouragé par les investissements publics et les incubateurs privés, attire une jeunesse de plus en plus formée.
Au Niger, malgré les sanctions de la CEDEAO, les projets de BTP soutenus par la Chine et la Turquie continuent, tout comme les chantiers liés à l’électrification rurale. L’orpaillage artisanal, longtemps marginalisé, a aussi connu un regain, injectant des liquidités dans certaines régions enclavées.
Une croissance sous contraintes
Selon les dernières projections régionales, le Bénin et le Niger pourraient enregistrer, en 2025, des taux de croissance parmi les plus élevés d’Afrique de l’Ouest, autour de 6 à 7 %. Une performance paradoxale au regard des tensions politiques. Mais cette croissance reste fragile : elle dépend de la levée progressive des blocages frontaliers et d’un apaisement diplomatique qui tarde à venir.
Coopération forcée ou pragmatisme économique ?
Niamey et Cotonou n’ont d’autre choix que de coopérer, ne serait-ce qu’économiquement. Le pétrole ne peut pas couler sans terminal. Le corridor logistique ne peut fonctionner sans le port de Cotonou. Et les populations frontalières, privées de commerce transfrontalier, paient déjà le prix fort de cette impasse politique.
Au final, les intérêts économiques pourraient forcer les deux États à rouvrir le dialogue. Moins par volonté politique que par nécessité économique.
La Rédaction

