Le système de paiement international entre l’Afrique et la Chine pourrait connaître une inflexion majeure. Le groupe panafricain Ecobank Transnational Incorporated négocie avec la Bank of China la mise en place d’un mécanisme de règlement direct en yuan, une initiative qui viserait à réduire la dépendance au dollar dans les échanges commerciaux bilatéraux.
Un circuit financier jugé trop coûteux
Aujourd’hui, les importateurs africains travaillant avec la Chine passent presque systématiquement par un double passage monétaire : conversion de la monnaie locale en dollar, puis du dollar en yuan. Ce schéma, largement répandu, alourdit les coûts de transaction et réduit les marges des opérateurs économiques.
Pour de nombreux commerçants basés à Lagos, Nairobi ou Lomé, cette structure constitue un frein opérationnel autant qu’un coût financier récurrent.
Vers des règlements directs en yuan
C’est précisément ce mécanisme que Ecobank entend remettre en cause. L’objectif est de permettre des règlements directs en yuan, sans passage préalable par le dollar, dans les échanges avec la Chine.
Selon les dirigeants du groupe, cette évolution répond à une réalité économique devenue centrale : la Chine est désormais le premier partenaire commercial de l’Afrique, avec des échanges bilatéraux estimés à 348 milliards de dollars en 2025, dont 225 milliards d’exportations chinoises vers le continent.
Une dynamique de dédollarisation en marche
Cette initiative s’inscrit dans une tendance plus large de diversification monétaire sur le continent africain. Plusieurs banques et États explorent des alternatives au dollar afin de réduire les coûts de change et fluidifier les transactions.
Des institutions financières ont déjà intégré des systèmes de paiement transfrontaliers alternatifs, tandis que des mécanismes régionaux comme le système panafricain de paiement PAPSS se développent progressivement pour faciliter les échanges intra-africains.
Une évolution dans un système encore dominé par le dollar
Cette transformation intervient dans un environnement financier mondial encore largement structuré par la domination du dollar, qui demeure la principale devise de référence dans les échanges internationaux.
Dans ce contexte, les initiatives de règlement en monnaies alternatives traduisent moins une rupture immédiate qu’une recomposition progressive des circuits financiers mondiaux.
Une recomposition concurrentielle des flux financiers
Au-delà de la Chine, la concurrence s’intensifie également sur le terrain des infrastructures financières en Afrique. Plusieurs acteurs cherchent à renforcer leur présence à travers des accords de financement, des partenariats bancaires et des mécanismes de swap de devises.
L’Afrique apparaît ainsi comme un espace de compétition monétaire croissante, où se redessinent progressivement les équilibres entre grandes puissances économiques.
Un basculement encore progressif
Si l’initiative portée par Ecobank marque une étape symbolique, elle ne constitue pas encore une rupture systémique. Le dollar conserve une place centrale dans les échanges mondiaux, et les infrastructures financières africaines restent en transition.
Mais la tendance est claire : les acteurs économiques du continent cherchent à réduire les frictions, raccourcir les circuits de paiement et adapter les outils financiers à la réalité de leurs échanges internationaux.
La Rédaction

