Les partis historiques de libération en Afrique australe, longtemps perçus comme inébranlables, voient leur incontestabilité vaciller. Ces formations, autrefois portées par leur héritage de “libérateurs”, peinent désormais à séduire les électeurs, alors que la situation économique se dégrade et que la corruption mine leur légitimité. En 2024, la désillusion des citoyens se traduit par des échecs électoraux qui ébranlent les fondements mêmes de ces partis au pouvoir.
Le Botswana Democratic Party (BDP) a ainsi encaissé une défaite électorale sans précédent, perdant pour la première fois le contrôle du gouvernement depuis l’indépendance du pays. De son côté, l’ANC en Afrique du Sud n’a pas réussi à dépasser la barre des 50 % de voix, un revers historique depuis la fin de l’apartheid.
Le Frelimo, au pouvoir au Mozambique, n’est pas épargné. Lors des dernières élections générales, l’opposition menée par Venâncio Mondlane a rassemblé un soutien massif. Devant des accusations de fraude électorale, l’Église catholique a dénoncé la crédibilité des résultats. La contestation est montée, les manifestations se multiplient, et bien que réprimées dans le sang, elles laissent le Frelimo en position de faiblesse, sa légitimité durablement érodée.
Une érosion inexorable
Cette vague de rejet des partis de libération n’est guère surprenante. Depuis plusieurs années, ces formations politiques voient leur popularité décliner. Le Botswana en offre un exemple marquant : bien que le BDP ait longtemps maintenu sa domination, il n’obtenait plus de majorité en voix et s’appuyait sur un système électoral avantageux pour conserver les sièges au Parlement.
Trois facteurs majeurs expliquent ce déclin : d’abord, le passage du temps a effacé la mémoire collective des luttes anticoloniales. Dans une Afrique où les populations sont de plus en plus jeunes, les figures des “pères fondateurs” ne suscitent plus le même respect. La priorité des citoyens bascule désormais vers les préoccupations économiques, dans des contextes souvent marqués par la stagnation. Ce monopole du pouvoir a favorisé la corruption et l’inefficacité, accentuées par un système financier mondial perçu comme injuste.
En outre, des tensions internes, souvent exacerbées par des rivalités personnelles et des fractures idéologiques, fragilisent ces partis. En Afrique du Sud, les divisions au sein de l’ANC, provoquées par des figures comme Jacob Zuma et Julius Malema, ont fragmenté l’électorat. Le BDP a, lui aussi, été miné par le conflit entre le président Mokgweetsi Masisi et son prédécesseur Ian Khama, accentuant la division des rangs. Ces dissensions internes minent l’image de ces partis, qui peinent à incarner les valeurs de libération et d’indépendance qui les avaient portés au pouvoir.
Répression et survie incertaine
Pour contenir ce désaveu, certains partis, notamment au Mozambique, en Tanzanie et au Zimbabwe, ont recours à la répression et aux manipulations électorales. Ces méthodes coercitives leur permettent de conserver une influence, mais au prix d’une légitimité de plus en plus fragile.
L’attention se tourne désormais vers la Namibie, où le SWAPO, autre parti historique de libération, affrontera des élections sous haute tension. Avec une économie en récession, un chômage croissant et des scandales de corruption, le SWAPO se retrouve fragilisé, et s’il autorise un scrutin libre et transparent, il pourrait à son tour rejoindre le rang des partis déchus de l’Afrique australe.
Ainsi, les partis de libération, jadis symboles d’émancipation, doivent faire face à une réalité nouvelle : le passé héroïque ne suffit plus pour conquérir le cœur des électeurs africains, désormais en quête de transparence et de changement.
La Rédaction

