Quand la mémoire des frontières coloniales nourrit les tensions contemporaines
Le Lesotho, petit pays enclavé au cœur de l’Afrique du Sud, se retrouve au centre d’un débat territorial qui remonte à plus de 150 ans. Au XIXᵉ siècle, de vastes portions de son territoire ont été annexées par les forces afrikaners de l’Orange Free State, laissant le Lesotho actuel avec ses 30 000 km². Aujourd’hui, certains mouvements politiques lesothans réclament la restitution de ces terres, ce qui met les autorités de Maseru dans l’embarras.
En 2025, le député Dr Tšepo Lipholo, unique représentant du Basotho Covenant Movement (BCM), a intensifié sa campagne pour récupérer les territoires perdus. Ses actions ont attiré l’attention des autorités, qui craignaient un conflit avec l’Afrique du Sud. Lipholo a été arrêté pour sédition et trahison, renforçant la perception que son mouvement faisait face à des pressions pour avoir défendu cette revendication territoriale.
Le territoire contesté comprend la majeure partie de l’État libre sud-africain et des portions de Mpumalanga, du Cap-Nord, de la côte du KwaZulu-Natal et du Cap-Oriental. Si la cause du BCM aboutissait, le Lesotho pourrait passer de 30 000 km² à 240 000 km² et obtenir un accès à la mer. Cependant, peu de politiciens à Maseru souhaitent déclencher un tel conflit.
Cette controverse s’inscrit dans un contexte plus large : les frontières africaines modernes ont été tracées par les colonisateurs, souvent sans tenir compte des peuples et de leur histoire, générant des tensions encore perceptibles aujourd’hui. Des situations similaires existent au Kenya, en Éthiopie ou encore entre le Nigeria et le Cameroun, où les questions de frontières restent des enjeux politiques majeurs.
Au Lesotho, cette situation montre combien l’histoire coloniale continue de peser sur la politique contemporaine. Les revendications territoriales, mêlant mémoire historique et enjeux diplomatiques, restent un défi pour la stabilité et l’avenir du pays.
La Rédaction

