Troisième revers pour le gouvernement sénégalais. L’Assemblée nationale a rejeté le budget rectificatif 2026, malgré les enjeux financiers considérables qui entourent son adoption. Derrière les désaccords sur les prévisions économiques se dessine une crise politique profonde entre le président Bassirou Diomaye Faye et la majorité parlementaire dominée par le PASTEF.
Au Sénégal, le redressement des finances publiques se heurte désormais à une crise de confiance institutionnelle. Mardi 3 novembre, l’Assemblée nationale a rejeté le projet de loi de finances rectificative pour 2026, à l’initiative d’un député du PASTEF, formation politique qui avait porté Bassirou Diomaye Faye à la présidence en 2024. Selon le décompte officiel rectifié, 126 députés ont voté en faveur du rejet, contre 20 oppositions et trois abstentions.
Le texte avait déjà été écarté à deux reprises en commission des finances, les 23 et 30 octobre. Son rejet en séance plénière, sans examen approfondi de ses dispositions, marque une nouvelle étape dans le bras de fer entre l’exécutif et sa majorité parlementaire d’origine.
Des comptes publics au cœur du désaccord
Les députés du PASTEF contestent principalement la sincérité des prévisions budgétaires. Le gouvernement prévoit un déficit de 7,6 % du produit intérieur brut, contre 5,4 % dans le budget initial. Les parlementaires réclament des garanties supplémentaires concernant les recettes attendues, l’endettement et certaines dépenses publiques.
La question des crédits sociaux et des investissements cristallise également les tensions. Le ministère de l’Économie affirme avoir fourni les documents et explications demandés, tandis que les élus majoritaires jugent ces éléments insuffisants pour approuver le texte.
Le FMI face à une nouvelle incertitude
Ce blocage intervient à un moment particulièrement sensible pour l’économie sénégalaise. Dakar négocie avec le Fonds monétaire international un programme de financement de 2,2 milliards de dollars, soit environ 1 283 milliards de FCFA, sur trois ans.
Un accord technique a été conclu en septembre, mais son application reste soumise à l’approbation du conseil d’administration du FMI. Le rejet du budget rectificatif pourrait compliquer cette étape, alors que le pays cherche à restaurer sa crédibilité financière après la révélation d’importants engagements d’endettement auparavant non déclarés.
Pour le gouvernement, l’enjeu consiste également à préserver la trésorerie de l’État et à assurer la continuité des dépenses prioritaires.
Une rupture politique devenue institutionnelle
La crise budgétaire révèle surtout les conséquences de la rupture entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko. Écarté de la primature en mai 2026, ce dernier conserve une influence déterminante sur le PASTEF et préside désormais l’Assemblée nationale.
Le gouvernement dirigé par Ahmadou Al Aminou Lô doit ainsi composer avec une majorité parlementaire qui ne lui apporte plus automatiquement son soutien.
La perspective d’une dissolution de l’Assemblée nationale alimente les discussions politiques. La Constitution interdit cette procédure pendant les deux premières années d’une législature, un délai qui arrive à échéance début décembre. Aucune décision de dissolution n’a toutefois été annoncée.
Pour le Sénégal, la difficulté dépasse désormais la révision d’un budget. Elle concerne la capacité des institutions à dégager un compromis économique alors que les divisions politiques menacent de prolonger l’incertitude financière.
La Rédaction

