À l’approche des fêtes de Noël et de fin d’année, période où les familles souhaitent se retrouver, voyager en avion reste un défi pour beaucoup d’Africains. Les tarifs prohibitifs des billets, tant sur les vols domestiques que régionaux, freinent les déplacements, rendant l’idée de célébrations en famille parfois inaccessible. Avec seulement 4,5 % des passagers aériens mondiaux, le transport aérien en Afrique peine à s’imposer comme un levier de mobilité et de rapprochement.
À Lomé, des responsables du secteur se sont récemment réunis pour chercher des solutions à cette problématique qui mine le développement du secteur. L’une des principales causes identifiées réside dans le manque d’infrastructures modernes. Les aéroports africains, souvent isolés des grands réseaux mondiaux de gestion, génèrent des frais d’exploitation élevés, qui sont répercutés sur les billets. Ce déficit structurel entraîne des comparaisons frappantes : un vol de trois heures entre Berlin et Istanbul coûte en moyenne 150 dollars, tandis qu’un trajet équivalent entre Kinshasa et Lagos dépasse fréquemment les 500 dollars, parfois avec des escales.
La faible concurrence aggrave la situation. Les compagnies nationales dominent les routes intra-africaines, limitant la compétitivité et laissant peu de place à une baisse des prix. En conséquence, il est souvent plus économique pour un passager africain de faire une correspondance en Europe ou au Moyen-Orient que de prendre un vol direct sur le continent. Par ailleurs, le carburant représente un facteur de coût majeur. En Afrique, les infrastructures de raffinage sont insuffisantes et les taxes à l’importation élevées, augmentant le prix du kérosène, qui peut constituer jusqu’à 35 % du coût d’un billet.
Les politiques gouvernementales et fiscales contribuent également à la cherté des billets. Dans plusieurs pays, les taxes sur les billets et le carburant atteignent des niveaux disproportionnés, alourdissant la facture finale pour les voyageurs. De surcroît, la libéralisation de l’espace aérien tarde à se concrétiser. La Déclaration de Yamoussoukro, censée favoriser l’ouverture du ciel africain à la concurrence, reste en grande partie inappliquée, les États préférant souvent protéger leurs compagnies nationales.
Sur le plan international, les compagnies étrangères comme Air France, Emirates ou Turkish Airlines dominent largement les liaisons intercontinentales africaines, opérant environ 80 % des vols. Grâce à des flottes modernes et des économies d’échelle, elles offrent des tarifs souvent plus compétitifs que les transporteurs locaux, qui peinent à rivaliser en raison de coûts d’exploitation élevés et de flottes vieillissantes. Pourtant, certaines compagnies africaines, à l’image d’Ethiopian Airlines, montrent qu’un changement est possible en investissant dans la modernisation de leurs appareils et en adoptant une gestion plus efficace.
Pour rendre le transport aérien plus accessible en Afrique, des efforts concertés sont indispensables. La libéralisation du marché aérien, avec une mise en œuvre pleine et entière des accords de ciel ouvert, pourrait encourager la concurrence et faire émerger des acteurs à bas coûts, réduisant ainsi les tarifs. L’amélioration des infrastructures aéroportuaires est tout aussi cruciale, car elle permettrait de diminuer les frais d’exploitation des compagnies. Enfin, la coopération régionale entre compagnies africaines, à travers des alliances stratégiques, pourrait renforcer leur compétitivité et offrir des alternatives viables aux passagers.
Ces réformes, si elles sont mises en œuvre avec détermination, pourraient transformer le visage de l’aviation africaine et permettre à davantage de familles de se retrouver durant les périodes festives.
La Rédaction

