En officialisant des primes inédites contre les hauts commandants du JNIM, les autorités de transition maliennes tentent de fracturer les réseaux djihadistes par le renseignement humain. Une escalade financière qui cible directement le cœur de l’insurrection sahélienne.
BAMAKO – C’est une guerre d’usure qui prend un nouveau tournant monétaire. Dans une déclaration relayée par la télévision nationale, le ministère malien de la Sécurité a annoncé la mise à prix des principales figures du terrorisme au Sahel. En première ligne figure Iyad Ag Ghaly, chef du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM ou JNIM), considéré comme la branche sahélienne d’Al-Qaïda. Pour sa capture ou sa neutralisation, Bamako promet une prime de deux milliards de francs CFA, soit environ 3,5 millions de dollars.
Cette stratégie de récompense financière ne se limite pas à la figure centrale du mouvement. Son principal lieutenant, Amadou Kouffa, chef du Front de libération du Macina, est également visé par une prime estimée à 2,5 millions de dollars. D’autres responsables liés aux réseaux armés opérant au Mali figurent également sur la liste des individus recherchés par les autorités.
D’ambassadeur à chef de guerre : la trajectoire d’Iyad Ag Ghaly
Figure incontournable du conflit sahélien depuis plus de trente ans, Iyad Ag Ghaly incarne une trajectoire politique et militaire singulière. Ancien leader de rébellion touareg, il a occupé des fonctions diplomatiques avant de basculer progressivement dans l’insurrection armée.
Son évolution vers le djihadisme au début des années 2010, puis la création du JNIM en 2017, ont profondément restructuré le paysage sécuritaire malien. À la tête d’une coalition de groupes armés affiliés à Al-Qaïda, il est devenu l’un des principaux ennemis des autorités de Bamako. Recherché à l’échelle internationale, il reste insaisissable, protégé par des réseaux locaux et une maîtrise fine des zones désertiques du nord et du centre du Mali.
Une guerre asymétrique installée dans la durée
Le Mali demeure confronté à une instabilité sécuritaire persistante depuis plus d’une décennie. Malgré les changements d’alliances militaires et le retrait progressif des forces internationales, les groupes djihadistes ont conservé une forte capacité d’action.
Le JNIM, en concurrence avec l’État islamique au Sahel, multiplie les attaques contre les forces de sécurité et étend son influence vers de nouvelles zones rurales. Les économies parallèles, notamment l’orpaillage clandestin et les circuits de contrebande, renforcent sa résilience financière.
Dans ce contexte, les autorités maliennes cherchent à modifier l’équilibre du conflit en agissant sur le renseignement et les réseaux d’informateurs.
Le renseignement comme levier stratégique
En misant sur des récompenses financières, Bamako entend encourager la coopération locale et fragiliser les chaînes de protection autour des chefs djihadistes. Cette approche repose sur l’idée que la pression économique peut produire des ruptures au sein des réseaux clandestins.
Cependant, l’efficacité de ce dispositif reste incertaine dans des zones où les groupes armés exercent une influence directe sur les populations et où la dénonciation expose à de fortes représailles.
Pour les autorités de transition, l’enjeu dépasse la seule dimension opérationnelle : il s’agit également d’instaurer une pression psychologique sur les dirigeants djihadistes et leurs soutiens.
La Rédaction

