Le 24 décembre 1969, deux hommes sont retrouvés assassinés dans une habitation de Fredrikstad, en Norvège. Rapidement, les soupçons se portent sur Per Kristian Liland, une connaissance des victimes. En juillet 1970, il est condamné pour ce double meurtre. Pourtant, plusieurs témoins affirment avoir aperçu les deux hommes vivants après la date retenue par l’accusation. Pendant vingt-quatre ans, Liland se bat pour faire reconnaître cette contradiction. Son acquittement, en novembre 1994, révélera l’une des erreurs judiciaires les plus graves de l’histoire norvégienne, sans permettre d’identifier les véritables assassins.
Deux morts à la veille de Noël
Le matin du 24 décembre 1969, John Olav Larsen et Håkon Edvard Johansen sont découverts morts au domicile du premier, à Fredrikstad. Les deux hommes présentent de graves blessures à la tête. La violence des coups, vraisemblablement portés avec une hache, ne laisse aucun doute sur la nature criminelle des décès.
Per Kristian Liland est rapidement interpellé. Il connaissait les victimes, fréquentait leur entourage et avait été aperçu dans l’habitation. Des témoignages évoquent également des tensions antérieures entre lui et Larsen. Mais aucune preuve technique ne le relie directement aux meurtres. L’enquête va donc se concentrer sur un élément décisif : le moment où les deux hommes ont été tués.
Une date qui ne correspond pas aux témoignages
Les premières constatations médico-légales situent les décès les 23 ou 24 décembre. Or, les éléments retenus contre Liland le placent sur les lieux essentiellement le 22 décembre. Pour soutenir l’accusation, il faut donc établir que les meurtres ont pu être commis dès cette date.
Au procès, des experts considèrent cette hypothèse possible, notamment à partir de l’évolution des blessures et des différences observées dans les taux d’alcool des victimes. Mais plusieurs témoins affirment avoir vu Larsen ou Johansen vivants le 23 décembre. D’autres rapportent une activité inhabituelle autour de l’habitation après le départ supposé de Liland.
Ces déclarations sont écartées ou considérées comme des erreurs de datation. Le 3 juillet 1970, Liland est reconnu coupable et condamné à la perpétuité, assortie d’une mesure de sûreté. Une question demeure pourtant entière : si les victimes étaient encore vivantes le 23 décembre, comment pouvait-il les avoir tuées la veille ?
Vingt-quatre ans pour démonter une condamnation
Liland ne cesse de contester le verdict. Ses premières demandes de révision échouent. Pendant ce temps, Sten et Vibeke Ekroth, un couple suédo-norvégien convaincu des faiblesses du dossier, entreprennent un long travail de vérification. Le journaliste Tore Sandberg reprend ensuite l’affaire et publie, en 1992, une enquête approfondie sur les deux meurtres.
Le réexamen fait apparaître de nouvelles contradictions. Plusieurs témoignages situent les victimes en vie après le 22 décembre. Les expertises médico-légales sont également contestées : de nouvelles analyses remettent en cause les conclusions qui avaient permis d’avancer la date des crimes.
Le problème dépasse désormais une simple divergence entre témoins. Toute la construction judiciaire repose sur une chronologie qui paraît de moins en moins défendable. En avril 1994, la justice accepte finalement de rouvrir le dossier, malgré l’opposition initiale du parquet.
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Un acquittement qui bouleverse la justice
Lors du réexamen, les nouvelles conclusions scientifiques et les témoignages conduisent à reconnaître qu’il existe une possibilité réelle que les meurtres aient été commis tard le 23 décembre ou pendant la nuit suivante. Aucun élément technique ne permet par ailleurs de rattacher Liland aux crimes.
Le parquet lui-même estime désormais impossible de maintenir l’accusation. Le 21 novembre 1994, la cour d’appel d’Eidsivating prononce son acquittement. Liland obtient ensuite une indemnisation de 13,47 millions de couronnes norvégiennes. Mais il a perdu une grande partie de sa vie dans une procédure fondée sur des preuves insuffisantes. Il meurt en 1996, deux ans seulement après sa réhabilitation.
L’affaire provoque une enquête gouvernementale. Publié en 1996, le rapport officiel met en évidence des faiblesses dans le travail policier, l’appréciation des témoignages et le traitement des expertises. Il contribue à nourrir une réflexion nationale sur les procédures de révision des condamnations pénales.
Une erreur réparée, deux meurtres sans coupable
L’acquittement de Per Liland met fin à sa condamnation, mais ne résout pas le double meurtre. Aucun autre auteur n’est judiciairement établi. Les témoignages et les contradictions qui auraient dû conduire les enquêteurs à envisager d’autres scénarios n’ont pas permis de reconstruire définitivement les dernières heures des victimes.
Le dossier laisse ainsi apparaître une défaillance fondamentale : plutôt que de confronter l’hypothèse initiale à l’ensemble des éléments recueillis, l’enquête et le procès ont privilégié une chronologie compatible avec le suspect retenu. Les observations qui contredisaient cette construction ont perdu de leur importance.
Comment un homme a-t-il pu être condamné pour deux meurtres commis à une date que de nombreux témoignages et de nouvelles expertises rendaient profondément contestable ?L’affaire Per Liland demeure l’exemple d’une certitude judiciaire construite autour d’une hypothèse fragile, tandis que la véritable identité des meurtriers reste inconnue.
La Rédaction
Sources et références
- Gouvernement norvégien, NOU 1996:15, Lilandsaken, rapport officiel de la commission d’enquête, 1996.
- Store norske leksikon, Liland-saken, historique des procédures judiciaires et de l’acquittement.
- Cour d’appel d’Eidsivating, décision d’acquittement du 21 novembre 1994, documentée dans le rapport NOU 1996:15.

