Le rendement d’un champ ne dit pas toujours ce qu’il rapporte réellement. Entre la récolte et la commercialisation, une partie des productions agricoles togolaises disparaît, se détériore ou perd sa valeur marchande. Derrière ces pertes se dessine une faiblesse moins visible de l’économie rurale : le pays cherche à produire davantage, sans toujours disposer des infrastructures nécessaires pour préserver et valoriser ce qu’il produit.
Une récolte abondante peut masquer un échec économique. Des mangues invendables, du maïs endommagé par les intempéries ou du poisson qui se dégrade avant son débarquement représentent autant de revenus auxquels les producteurs doivent renoncer. Ces pertes réduisent également la quantité de nourriture effectivement disponible, alors même que les ressources nécessaires à sa production ont déjà été mobilisées.
Au Togo, cette réalité concerne plusieurs filières agricoles et halieutiques. Le constat dressé par le Dr Oyétoundé Djiwa, chargé du bureau de la FAO, à l’occasion de la Journée internationale de sensibilisation aux pertes et gaspillages de nourriture du 29 septembre, met en évidence un problème qui dépasse largement les comportements individuels : les insuffisances de conservation, de transport et de transformation fragilisent une partie de la production nationale.
Une richesse perdue, mais encore mal mesurée
Le premier obstacle est statistique. Le Togo ne dispose pas encore d’une évaluation suffisamment précise des pertes après récolte dans ses principales filières vivrières. Cette méconnaissance complique l’identification des investissements prioritaires et la mesure de leur efficacité.
Les travaux antérieurs révèlent pourtant des situations préoccupantes. Selon la FAO, une étude réalisée en 2020 avait notamment mis en évidence des pertes estimées à 60 % dans la filière mangue étudiée. Un résultat particulièrement élevé, qui ne saurait toutefois être étendu à l’ensemble de la production nationale.
La question revêt une importance économique réelle. En 2025, la production togolaise de mangues a atteint 35 569 tonnes. Mais la capacité à produire ne garantit ni la conservation des fruits ni leur écoulement dans de bonnes conditions.
Pour mieux cerner ces difficultés, la FAO, le ministère chargé de l’Agriculture et l’Université de Lomé conduisent une nouvelle étude portant notamment sur la tomate, le riz, le manioc, l’igname et le maïs. L’objectif est de mesurer les pertes propres à chaque filière et d’en identifier les causes.
Le maillon fragile de la chaîne agricole
Les difficultés diffèrent selon les productions. Le maïs laissé plusieurs jours au champ après récolte peut subir des dommages liés à l’humidité. Les fruits et légumes exigent une manutention rapide et des conditions de conservation adaptées. Dans la pêche maritime artisanale, l’insuffisance des équipements frigorifiques peut compromettre une partie des captures avant leur arrivée à terre.
Ces exemples renvoient à une même réalité : la politique agricole ne peut se limiter aux semences, aux engrais, à l’irrigation et aux rendements. Elle doit également intégrer les équipements de stockage, les infrastructures logistiques, la transformation de proximité et l’accès aux débouchés.
Or, ces investissements doivent être adaptés aux territoires et aux volumes réellement produits. Construire une installation de conservation sans garantir son alimentation énergétique, son entretien ou sa viabilité économique risquerait de déplacer le problème plutôt que de le résoudre.
Produire mieux, c’est aussi perdre moins
La réduction des pertes présente enfin un intérêt environnemental majeur. Chaque produit détruit représente de l’eau consommée, des terres mobilisées, de l’énergie dépensée et du travail humain qui n’auront pas atteint leur finalité alimentaire ou économique.
À l’échelle mondiale, la FAO estime qu’environ 13 % des aliments produits sont perdus entre la récolte et leur arrivée au commerce de détail. La question est donc autant celle de l’efficacité des systèmes alimentaires que celle de la sécurité alimentaire.
Au Togo, où certaines populations restent exposées à des difficultés d’accès à la nourriture, préserver une plus grande part des récoltes constituerait un levier supplémentaire pour renforcer les revenus agricoles et améliorer la disponibilité des produits.
L’enjeu dépasse désormais la sensibilisation au gaspillage. Une politique agricole performante ne devrait pas seulement chercher à augmenter les quantités récoltées, mais aussi à réduire la part de richesse qui disparaît avant de bénéficier aux producteurs, aux commerçants et aux consommateurs.
La Rédaction
Sources : FAO ; ministère chargé de l’Agriculture ; Conseil interprofessionnel de la filière mangue ; FAO-GIEWS.

