Le Togo a considérablement réduit le poids du VIH en quinze ans. Les nouvelles infections ont reculé, les décès liés au sida aussi, tandis que la couverture thérapeutique s’est fortement renforcée. Mais cette réussite repose encore très largement sur des financements extérieurs. À mesure que l’aide internationale se contracte, la question n’est donc plus seulement de poursuivre les progrès : il faut désormais trouver les moyens de les financer durablement.
En 2025, 19,37 milliards de FCFA ont été consacrés à la riposte nationale contre le VIH. Selon les données présentées lors de la revue annuelle organisée les 4 et 5 août à Lomé, 86,44 % de ces dépenses ont été prises en charge par les partenaires techniques et financiers.
Cette dépendance devient l’un des principaux points de fragilité du dispositif. Car les programmes de lutte contre le VIH reposent sur une continuité difficilement compatible avec les ruptures budgétaires : traitements antirétroviraux, dépistage, prévention, suivi biologique et accompagnement communautaire doivent être maintenus dans la durée.
Des acquis sanitaires désormais à sécuriser
Les résultats enregistrés montrent pourtant l’efficacité des efforts engagés. Entre 2010 et 2025, les nouvelles infections annuelles sont passées de 7 100 à 2 100, soit une baisse de 70 %. Sur la même période, les décès liés au sida ont diminué de 73 %.
En 2025, près de 95 200 personnes vivant avec le VIH étaient suivies dans les structures de prise en charge. Parmi elles, 95 038 recevaient un traitement antirétroviral, soit un taux d’arrimage proche de 100 %.
Plus de 650 000 dépistages ont également été réalisés et plus de 26,3 millions de préservatifs distribués.
Ces performances renforcent cependant une obligation : ne pas laisser les contraintes financières remettre en cause des acquis construits sur plusieurs années.
La prochaine bataille sera budgétaire
Le recul annoncé de certains financements internationaux oblige désormais le Togo à réfléchir à une plus forte mobilisation de ressources nationales, mais aussi à de nouveaux mécanismes de financement.
L’enjeu dépasse la seule question comptable. Une dépendance excessive aux partenaires expose les programmes aux changements de priorités internationales, aux crises économiques ou aux réorientations budgétaires décidées hors du pays.
Accroître la contribution nationale permettrait donc de renforcer la souveraineté de la riposte et de mieux sécuriser les traitements et les actions de prévention.
Cela suppose toutefois des arbitrages dans un système de santé confronté à de nombreux besoins concurrents. L’autonomie financière ne pourra probablement pas remplacer brutalement l’aide extérieure ; elle devra se construire progressivement, en associant budget public, secteur privé, mécanismes innovants et meilleure efficacité des dépenses.
Le Togo a démontré qu’il pouvait faire reculer le VIH. Son prochain défi sera plus discret, mais tout aussi décisif : faire en sorte que les progrès sanitaires ne dépendent plus presque entièrement de ressources dont il ne maîtrise ni le volume ni la durée.
La Rédaction

