Le 21 décembre 1908, Marion Gilchrist, 82 ans, est retrouvée assassinée dans son appartement de Glasgow, en Écosse. Quelques mois plus tard, Oscar Slater est condamné à mort malgré l’absence de preuve matérielle le reliant directement au crime. Sa peine est commuée, mais il passera plus de dix-huit ans en prison. Un policier finira pourtant par contester l’enquête menée par ses propres collègues, Arthur Conan Doyle prendra publiquement la défense du condamné et, en 1928, la justice annulera le verdict. Slater sera réhabilité, mais le meurtrier de Marion Gilchrist ne sera jamais identifié.
Quelques minutes pour tuer Marion Gilchrist
Marion Gilchrist vit avec sa domestique, Helen Lambie. Le soir du crime, celle-ci quitte brièvement l’appartement pour effectuer des courses. À son retour, elle aperçoit un homme quittant les lieux. Marion est découverte morte, le crâne fracassé par de violents coups.
Le vol paraît d’abord constituer un mobile évident. La victime possède de nombreux bijoux et une broche manque. Pourtant, plusieurs objets de valeur sont laissés sur place. L’assassin semble également avoir disposé de très peu de temps pour agir, ce qui fera naître une question durable : connaissait-il suffisamment Marion Gilchrist et son appartement pour savoir précisément ce qu’il cherchait ?
Une broche conduit la police vers Oscar Slater
Les enquêteurs s’intéressent à Oscar Slater, un immigrant allemand installé à Glasgow. Il a récemment mis une broche en gage et quitte la Grande-Bretagne pour les États-Unis peu après le meurtre. La succession des événements paraît suspecte.
Mais la broche de Slater n’est pas celle volée chez Marion Gilchrist, et son départ pour l’Amérique avait été organisé avant le crime. Arrêté à New York, Slater accepte néanmoins de revenir en Écosse pour être jugé et proclame son innocence.
Le dossier repose alors principalement sur des témoignages. Plusieurs personnes pensent reconnaître Slater comme l’homme aperçu près de l’immeuble, mais les identifications sont contestées. Aucune preuve matérielle ne démontre directement qu’il se trouvait dans l’appartement au moment du meurtre.
Condamné à mort par un jury divisé
En mai 1909, Oscar Slater comparaît devant la Haute Cour de justice. L’accusation s’appuie sur les témoignages, son comportement et différents indices circonstanciels. La défense attaque la fiabilité des identifications et souligne notamment que la broche qui avait attiré l’attention de la police n’avait aucun rapport avec celle de la victime.
Le 25 mai, le jury le déclare coupable par neuf voix contre six. Slater est condamné à mort. Une mobilisation permet cependant de faire commuer sa peine en emprisonnement à perpétuité. Il est envoyé à la prison de Peterhead, où il restera plus de dix-huit ans.
L’affaire aurait pu s’arrêter là. Mais certains de ceux qui connaissent le dossier commencent eux-mêmes à douter de la culpabilité du condamné.
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Un policier accuse sa propre enquête
Le lieutenant-détective John Thomson Trench devient convaincu que la police n’a pas suivi correctement une autre piste. Il estime que Marion Gilchrist connaissait probablement son meurtrier et affirme que des informations concernant une personne de son entourage n’ont pas été convenablement exploitées.
Trench va jusqu’à contester publiquement le travail de sa propre institution. Sa démarche ne conduit pas à l’arrestation d’un autre suspect, mais elle lui coûte sa carrière : il est renvoyé de la police.
L’affaire attire parallèlement l’attention d’Arthur Conan Doyle. Le créateur de Sherlock Holmes étudie le dossier et publie en 1912 The Case of Oscar Slater. Il démonte plusieurs éléments de l’accusation et devient l’une des figures de la campagne pour la libération du condamné.
Dix-huit ans plus tard, la condamnation s’effondre
La mobilisation finit par porter ses fruits. Slater est libéré sous licence en novembre 1927, mais cette libération n’efface pas son verdict de culpabilité. Il poursuit donc son combat pour faire annuler sa condamnation.
En 1928, son dossier est examiné par la Cour écossaise d’appel pénal. Les juges concluent notamment que le jury de 1909 avait été incorrectement orienté par le juge du procès. La condamnation est annulée. Slater obtient ensuite 6 000 livres sterling à titre gracieux.
Après près de dix-neuf années derrière les barreaux, l’homme qui avait échappé de peu à l’exécution n’est donc plus juridiquement le meurtrier de Marion Gilchrist.
L’erreur est corrigée, le meurtre ne l’est pas
C’est ici que l’affaire devient une véritable énigme judiciaire. L’annulation de la condamnation retire au dossier son unique coupable sans permettre d’en désigner un autre. Les soupçons évoqués par Trench n’ont jamais débouché sur une condamnation, et aucune des hypothèses développées par la suite n’a permis d’établir judiciairement l’identité de l’assassin.
Plus d’un siècle après les faits, l’affaire Oscar Slater conserve ainsi deux histoires superposées. La première est celle d’une erreur judiciaire : un homme condamné à mort sur un dossier essentiellement circonstanciel, emprisonné pendant près de dix-neuf ans avant que son verdict ne soit annulé. La seconde reste inachevée : si Oscar Slater n’était pas le meurtrier de Marion Gilchrist, qui est entré dans son appartement le soir du 21 décembre 1908 et l’a tuée ?
La Rédaction
Sources et références
- National Records of Scotland, archives relatives à l’affaire Oscar Slater.
- Glasgow Police Museum, dossier historique sur le meurtre de Marion Gilchrist.
- Hansard, Parlement britannique, débats de 1928 relatifs à Oscar Slater.
- Arthur Conan Doyle, The Case of Oscar Slater, 1912.

