En 1950, Timothy Evans est pendu à Londres pour le meurtre de sa fille Geraldine. L’un des témoins importants contre lui est son voisin John Christie, qui présente Evans comme un homme violent et soutient l’accusation. Trois ans plus tard, plusieurs cadavres de femmes sont découverts au 10 Rillington Place, l’immeuble où vivaient les deux hommes. Christie est alors démasqué comme tueur en série et reconnaît notamment avoir tué Beryl, l’épouse d’Evans. La condamnation d’un homme déjà exécuté devient dès lors l’une des affaires judiciaires les plus embarrassantes de l’histoire britannique.
Une femme et son bébé retrouvés morts
En 1949, Timothy Evans, son épouse Beryl et leur fille Geraldine vivent au dernier étage du 10 Rillington Place, dans le quartier londonien de Notting Hill. Au rez-de-chaussée habitent John Christie et sa femme Ethel.
En novembre, Evans se présente à la police et donne plusieurs versions contradictoires de la disparition de son épouse. Il finit par déclarer que Christie avait proposé d’aider Beryl à interrompre une nouvelle grossesse et qu’elle était morte au cours de l’intervention. Selon Evans, Christie lui aurait ensuite affirmé qu’il se débarrasserait du corps et s’occuperait de Geraldine.
La police fouille l’immeuble. Les corps de Beryl et de Geraldine sont retrouvés dans le lavoir situé derrière la maison. Toutes deux ont été étranglées.
Christie témoigne contre son voisin
Evans est poursuivi pour le meurtre de sa fille. L’accusation utilise notamment ses déclarations contradictoires et des aveux qu’il rétracte ensuite. Au procès, sa défense accuse directement John Christie.
Christie apparaît pourtant devant le jury comme un témoin crédible. Il nie avoir tué Beryl et décrit Evans sous un jour défavorable. Le jury choisit finalement la version de l’accusation : Timothy Evans est reconnu coupable du meurtre de Geraldine et condamné à mort.
Le 9 mars 1950, il est pendu à la prison de Pentonville. Il a 25 ans. Sa condamnation paraît alors avoir refermé l’affaire.
Trois ans plus tard, des cadavres apparaissent chez Christie
En mars 1953, un nouveau locataire découvre des corps dissimulés dans la cuisine de l’ancien appartement de Christie. Les recherches révèlent ensuite d’autres victimes dans l’immeuble et le jardin. Le respectable témoin du procès Evans se révèle être un meurtrier en série.
Christie reconnaît plusieurs meurtres, dont celui de son épouse Ethel. Surtout, il avoue également avoir tué Beryl Evans, tout en niant le meurtre de Geraldine. Il est condamné à mort pour le meurtre d’Ethel et pendu en juillet 1953.
La découverte bouleverse nécessairement le dossier Evans. Trois ans auparavant, la justice avait préféré le récit de Christie à celui d’un homme désormais exécuté. Or Christie était lui-même un meurtrier qui avait caché plusieurs corps dans la maison.
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Deux enquêtes pour une vérité impossible à reconstruire
Une première enquête officielle menée en 1953 maintient pourtant la culpabilité d’Evans. La controverse ne disparaît pas et une nouvelle enquête est finalement confiée au juge Daniel Brabin dans les années 1960.
Son rapport de 1966 aboutit à une conclusion singulière. Brabin estime qu’il est désormais impossible d’établir toute la vérité au-delà du doute, mais considère plus probable qu’improbable qu’Evans n’ait pas tué Geraldine, précisément le meurtre pour lequel il avait été jugé et exécuté. Il estime en revanche qu’Evans avait probablement tué Beryl, malgré les aveux de Christie sur ce meurtre. Cette dernière conclusion restera fortement discutée.
L’affaire produit ainsi une situation extraordinaire : l’homme exécuté n’aurait probablement pas commis le crime pour lequel il avait été condamné, tandis que la responsabilité exacte de la mort de son épouse demeure entourée de versions contradictoires.
Seize ans après la pendaison, une grâce posthume
Le 18 octobre 1966, le ministre de l’Intérieur Roy Jenkins annonce devant la Chambre des communes qu’il n’est plus possible de laisser subsister la condamnation d’Evans. La reine approuve une grâce posthume le même jour.
À la Chambre des lords, le gouvernement précise la portée de cette décision : la grâce efface la condamnation et constitue, dans ce cas précis, la reconnaissance par l’État qu’Evans a été exécuté à tort.
Cette précision est essentielle. Evans n’est pas simplement pardonné pour un crime reconnu : l’État britannique admet que la condamnation ayant conduit à son exécution ne pouvait plus être maintenue.
Le témoin était un tueur, mais toute l’énigme n’est pas résolue
L’affaire Timothy Evans dépasse donc le cadre d’une erreur judiciaire ordinaire. Un homme est condamné à mort. Son voisin contribue au dossier qui l’envoie à la potence. Trois ans plus tard, ce même voisin est démasqué comme tueur en série et reconnaît avoir assassiné l’une des deux victimes autour desquelles s’était construite l’affaire.
La grâce de 1966 établit que la condamnation d’Evans pour le meurtre de Geraldine ne pouvait subsister. Mais les différentes enquêtes n’ont jamais produit une reconstruction unanimement acceptée de tout ce qui s’est passé au 10 Rillington Place en 1949. Même le rapport qui conduit à la grâce reconnaît qu’il est devenu impossible d’établir la vérité complète au-delà du doute.
L’énigme tient ainsi autant aux crimes qu’au fonctionnement de la justice : comment Timothy Evans a-t-il pu être pendu sur la base d’un dossier dans lequel l’homme qui témoignait contre lui cachait lui-même des cadavres dans la même maison ?
La Rédaction
Sources et références
- Parlement britannique, Hansard, déclaration de Roy Jenkins sur la grâce posthume de Timothy Evans, 18 octobre 1966.
- Home Office, The Case of Timothy John Evans, rapport du juge Daniel Brabin, 1966.
- The National Archives, dossier criminel Timothy John Evans, CRIM 1/2035.
- Law Commission, Criminal Appeals Consultation Paper, historique de l’affaire Evans-Christie.

