Du 9 au 12 septembre 2026, JOMBA! investit pour la quatrième fois le Market Theatre de Johannesburg avec une sélection issue de son festival de Durban. Compagnies européennes, chorégraphes africains, danse inclusive et grandes figures sud-africaines composent quatre soirées où la circulation des corps devient aussi celle des expériences, des héritages et des langages chorégraphiques.
Johannesburg – La danse contemporaine voyage rarement seule. Avec elle circulent des manières de penser le corps, la différence, l’identité, la mémoire ou encore la place de l’individu au sein du collectif. C’est précisément cette circulation que JOMBA! installe à Johannesburg à partir de ce mercredi 9 septembre.
Après sa 28ᵉ édition à Durban, le JOMBA! Contemporary Dance Experience, porté par le Centre for Creative Arts de l’Université du KwaZulu-Natal, déplace une partie de sa programmation vers le Market Theatre. Cette quatrième collaboration avec la célèbre institution culturelle de Johannesburg propose quatre soirées mêlant artistes africains et européens.
Heroes, quand la rencontre devient chorégraphie

Les deux premières soirées, les 9 et 10 septembre, sont consacrées à Heroes, programme présenté par la compagnie néerlandaise Introdans avec le danseur ougandais Joseph Tebandeke et la Flatfoot Dance Company de Durban.
Le projet rassemble des œuvres liées à plusieurs signatures importantes de la danse contemporaine, parmi lesquelles Sidi Larbi Cherkaoui, Iratxe Ansa et Igor Bacovich. À cette constellation s’ajoute Zinhle Nzama, danseuse de Flatfoot devenue chorégraphe, avec Brightest Darkness, un duo qui travaille la tension entre résistance, connexion, abandon et survie.
Mais l’une des pièces les plus significatives du programme est IUNGO, du chorégraphe néerlandais Adriaan Luteijn. Le principe de cette œuvre consiste précisément à faire danser ensemble des interprètes issus de réalités physiques, sociales, culturelles et générationnelles différentes. Son titre vient du latin iungo, « je relie ». Dans sa version sud-africaine, la pièce associe notamment des danseurs professionnels de Flatfoot à des interprètes invités.
L’inclusion n’est donc pas traitée comme un thème extérieur à la danse : elle devient la matière même de la composition chorégraphique.
Mamela Nyamza, le corps contre les normes

Le 11 septembre, le programme change de registre avec The Herd/Less, nouvelle création de la chorégraphe sud-africaine Mamela Nyamza.
L’œuvre arrive à Johannesburg quelques semaines après sa présentation à la Biennale Danza de Venise, où Nyamza a reçu en 2026 le Lion d’argent pour la danse. The Herd/Less s’intéresse à l’ambivalence du groupe : le « troupeau » peut représenter la solidarité et la communauté, mais aussi la discipline, le contrôle et la soumission.
Cette tension traverse une grande partie du travail de Nyamza. Formée au ballet classique, elle a développé une pratique qui interroge les normes imposées aux corps, particulièrement celles liées à la race, au genre, à la sexualité et aux conventions artistiques.
À Johannesburg, son œuvre prend une portée particulière : le corps n’y apparaît plus seulement comme instrument d’exécution technique, mais comme lieu où se confrontent histoire personnelle, pouvoir social et possibilité d’émancipation.
Vincent Mantsoe entre ancestralité et présent

La dernière soirée, le 12 septembre, appartient à Vincent Mantsoe avec son solo Desert Poems. Le chorégraphe et interprète sud-africain y poursuit une recherche qui, depuis plusieurs décennies, met en relation pratiques contemporaines, spiritualité et héritages africains.
JOMBA! présente cette nouvelle création comme une méditation sur l’endurance, la transformation et la spiritualité. Mantsoe y prolonge une démarche dans laquelle l’héritage ancestral n’est pas reproduit comme une forme figée, mais mobilisé pour construire un vocabulaire chorégraphique contemporain.
Cette réflexion se poursuit hors de la scène. Le 11 septembre, il doit également transmettre sa KOBA Technique lors d’un atelier professionnel gratuit au Sophiatown Studio du Market Theatre. La méthode est décrite comme une forme de « méditation physique » mêlant pratiques traditionnelles et contemporaines. Un premier atelier, consacré au langage chorégraphique de Sidi Larbi Cherkaoui et dirigé par Giuseppe Calabrese d’Introdans, est prévu dès le 8 septembre.
Johannesburg comme deuxième scène du festival
Le passage par Johannesburg n’est donc pas une simple reprise du programme de Durban. Il répond à une stratégie de circulation : permettre aux œuvres présentées dans le KwaZulu-Natal d’atteindre d’autres publics et créer des rencontres entre artistes, danseurs professionnels et scènes culturelles sud-africaines.
Cette logique explique aussi la singularité de la programmation 2026. Les Pays-Bas, l’Ouganda et l’Afrique du Sud ne sont pas simplement représentés côte à côte : les artistes travaillent ensemble, partagent les mêmes plateaux et déplacent leurs pratiques respectives.
Du 9 au 12 septembre, JOMBA! transforme ainsi le Market Theatre en espace de confrontation et de dialogue entre plusieurs traditions de la danse contemporaine. Ce qui relie Heroes, The Herd/Lesset Desert Poems n’est pas une esthétique commune, mais une question : jusqu’où le corps peut-il raconter ce que les frontières, les normes et les catégories ont tendance à séparer ?
La Rédaction
Sources
- Market Theatre, « The Fourth JOMBA! @ The Market Theatre Celebrates World-class Contemporary Dance », programmation officielle 2026. (Market Theatre)
- JOMBA! Contemporary Dance Experience / Centre for Creative Arts, University of KwaZulu-Natal, programme de la 28ᵉ édition 2026. (Jomba)
- Introdans, « Introdans at JOMBA! Festival South Africa 2026 » et présentation de Iungo South Africa 2026. (Introdans)
- La Biennale di Venezia, Biennale Danza 2026, présentation de The Herd/Less et Lion d’argent attribué à Mamela Nyamza. (La Biennale di Venezia)

