Depuis la chute de Mouammar Kadhafi en 2011, la Libye traverse une crise profonde marquée par le chaos et la division. Face à cette situation, certains dirigeants libyens envisagent un retour à la monarchie comme solution pour restaurer l’unité nationale. Cette proposition suscite à la fois espoir et scepticisme. Pour mieux comprendre cette idée, il est utile de revisiter l’histoire du royaume libyen, qui a brièvement existé entre 1951 et 1969.
Un retour au passé ?
Le retour à la monarchie libyenne ne semble pas être une simple mode politique ou un coup de dés des dirigeants. Au contraire, il reflète une reconnaissance implicite des échecs des politiques d’unification actuelles. La Libye souffre d’un manque flagrant de cohésion nationale. Pour certains, la monarchie pourrait représenter un symbole unificateur autour duquel le pays pourrait se reconstruire. Les autorités libyennes ont même initié des démarches pour faire revenir la famille royale.
Soutien international et revendications
L’idée d’un retour à la monarchie, bien que surprenante, est soutenue par divers acteurs politiques libyens. Récemment, plusieurs membres du Conseil d’État ont adressé une lettre au secrétaire général des Nations unies, António Guterres, sollicitant son soutien pour leur projet. Les revendications principales sont :
- Le retour de Mohammed al-Hassan al-Reda al-Senussi, prince héritier en exil, pour assumer une fonction royale.
- Le rétablissement de la constitution de 1951, établie lors de l’indépendance de la Libye.
Pour comprendre cette démarche, il est essentiel de revenir sur l’histoire du pays et la période qui a précédé son indépendance.
Contexte historique
Après la Seconde Guerre mondiale, la Libye a été l’un des pays les plus touchés en Afrique du Nord, notamment à cause de l’occupation italienne depuis 1911 et de l’implication allemande aux côtés des Italiens. Les régions les plus affectées ont été la Tripolitaine et la Cyrénaïque, dévastées par les bombardements. La victoire des Britanniques sur les forces de l’Axe a marqué un tournant important pour le pays.
Idris al-Senoussi, émir de Cyrénaïque et figure majeure de la résistance libyenne contre les Italiens, a joué un rôle crucial dans la transition vers l’indépendance. En janvier 1942, Anthony Eden a annoncé le soutien britannique pour l’indépendance libyenne sous un régime monarque musulman, et un comité anglo-libyen a été créé pour préparer le gouvernement du pays.
L’émergence du royaume de Libye
Le 7 octobre 1951, la Libye est officiellement proclamée indépendante avec Idris al-Senoussi devenu roi sous le nom d’Idris Ier. Le nouveau royaume est basé sur une constitution qui établit la Libye comme un État libre et souverain, avec l’islam comme religion d’État et l’arabe comme langue officielle. Idris Ier, malgré une popularité certaine et une tentative de réforme politique, se trouve rapidement confronté à des défis majeurs.
Le roi Idris Ier a fait face à des difficultés, notamment l’absence d’un héritier mâle malgré deux mariages. En 1963, une nouvelle constitution est promulguée, transformant la monarchie fédérale en un État unitaire, ce qui engendre des tensions et des grèves en raison de la découverte de gisements pétroliers. Les troubles sociaux et politiques s’intensifient, exacerbés par les événements internationaux et la montée de la propagande révolutionnaire.
La fin de la monarchie
Le 12 juillet 1969, Idris Ier quitte la Libye pour un traitement médical en Turquie et ne reviendra jamais. Le 31 août 1969, un coup d’État conduit par des officiers militaires, dont Mouammar Kadhafi, renverse la monarchie sans effusion de sang. Ce coup d’État marque le début de la Jamahiriya arabe libyenne et met fin à la période monarchique.
Le retour à la monarchie en Libye est donc une proposition qui tente de réconcilier un pays déchiré par des divisions internes et des conflits politiques. L’histoire du royaume libyen, bien que brève, reste un témoin de la complexité politique et sociale du pays. La question de savoir si cette solution pourrait effectivement restaurer l’unité reste ouverte, et le chemin vers une résolution durable reste incertain.
La Rédaction

