La répression de la junte menace l’aide humanitaire alors que la population souffre.
Ouagadougou — La détention d’employés de l’Organisation internationale des ONG pour la sécurité (INSO) par la junte militaire burkinabè suscite une vive inquiétude au sein de la communauté humanitaire internationale. Human Rights Watch appelle à leur libération immédiate et à la protection des organisations œuvrant dans le pays.
Vers la fin juillet 2025, Jean-Christophe Pégon, directeur de l’INSO et ressortissant français, a été arrêté à Ouagadougou par les services de renseignement. En août, sept autres membres de l’organisation, dont quatre Burkinabè et trois étrangers, ont également été détenus. Ces arrestations n’ont été annoncées publiquement que le 7 octobre, et aucune date de procès n’a été fixée à ce jour.
« L’arrestation de travailleurs humanitaires en pleine crise envoie un message inquiétant : les ONG semblent dépendre d’une junte qui ignore les besoins des populations vulnérables », a déclaré Ilaria Allegrozzi, chercheuse senior sur le Sahel à Human Rights Watch. Selon elle, les autorités devraient abandonner les accusations infondées, libérer le personnel et permettre aux organisations humanitaires d’opérer librement et en sécurité.
Le gouvernement burkinabè accuse les employés de l’INSO d’« espionnage » et de « trahison », affirmant qu’ils collecteraient des informations sensibles pour des puissances étrangères. L’INSO a fermement rejeté ces allégations, soulignant que ses activités se limitent à la sécurité humanitaire et qu’aucune opération de renseignement n’est menée.
Présente dans 26 pays, l’INSO fournit depuis 2016 des analyses sécuritaires pour permettre aux ONG de travailler en toute sécurité dans un Burkina Faso confronté à des attaques régulières de groupes armés liés à Al-Qaïda et à l’État islamique. Le pays compte parmi les plus touchés par la violence, avec plus de 2 millions de déplacés et 6,3 millions de personnes nécessitant une aide humanitaire, dont 3,4 millions d’enfants, selon l’ONU.
Depuis le coup d’État de 2022, la junte a intensifié la répression contre la société civile, les médias et l’opposition politique, suspendant plusieurs ONG internationales et expulsant des représentants des Nations Unies. Cette politique risque de freiner la fourniture d’une aide vitale à une population déjà en grande détresse.
« En ciblant l’INSO, les autorités s’attaquent à l’ensemble de la communauté humanitaire », avertit un autre travailleur humanitaire. « Sans information sécuritaire fiable, notre travail devient dangereux et parfois impossible. »
Human Rights Watch rappelle que, selon le droit international humanitaire, la détention arbitraire de personnel humanitaire est strictement interdite et que les parties en conflit doivent garantir la sécurité des travailleurs humanitaires.
La Rédaction

