Madrid, 7 juillet 2025 – De la Méditerranée au golfe de Guinée, les lignes bougent. À Madrid, l’Espagne affirme ses ambitions africaines à l’occasion du troisième sommet Afrique-Espagne, organisé du 6 au 8 juillet. Loin des discours protocolaires, ce rendez-vous marque une volonté claire : construire un partenariat plus équilibré avec un continent en pleine reconfiguration économique.
Un sommet tourné vers les affaires, mais pas seulement
Avec plus de 70 intervenants issus des milieux politique et économique, le sommet s’impose comme une plateforme stratégique. Les délégations de Côte d’Ivoire, du Togo et de Somalie, mais aussi le secrétaire général de la ZLECAf, témoignent d’un intérêt partagé pour un renforcement des échanges commerciaux, dans un contexte où les économies cherchent à diversifier leurs partenariats.
L’Espagne, qui revendique sa proximité géographique et culturelle avec l’Afrique, entend devenir un acteur plus visible sur le continent, en misant sur ses secteurs d’excellence : infrastructures, dessalement de l’eau, pharmacie, énergies renouvelables, et pêche industrielle.
Une croissance commerciale portée par la géopolitique
Les chiffres parlent : 30 milliards d’euros d’échanges commerciaux au premier semestre 2024. C’est plus qu’avec l’Amérique latine, pourtant longtemps considérée comme la zone d’influence naturelle de Madrid. Les sanctions européennes contre la Russie ont redistribué les cartes énergétiques : l’Afrique, notamment le Nigeria et l’Algérie, est devenue fournisseur prioritaire en hydrocarbures pour l’Espagne.
Mais au-delà de l’énergie, la flotte de pêche espagnole, la plus puissante d’Europe, consolide sa présence de la Namibie au Maroc, tandis que l’Afrique du Nord concentre toujours les deux tiers des échanges. Fait notable : l’Espagne est désormais le cinquième client de l’Afrique de l’Ouest, dépassant même la France dans certains secteurs.
Un partenariat à géométrie évolutive
Avec 6 milliards de dollars d’investissements directs en Afrique, l’Espagne entend désormais pérenniser sa présence. Pour cela, elle s’appuie sur un réseau rénové de chambres de commerce, et cherche à créer des liens durables avec la jeunesse africaine, via des programmes de formation professionnelle. Lutter contre l’immigration clandestine ne passe plus seulement par le contrôle des frontières, mais par la création d’opportunités sur place – un sujet central du sommet.
Une vision africaine du futur
Pour les pays africains présents, l’intérêt espagnol est bienvenu, à condition qu’il s’inscrive dans une logique de co-développement, et non de prédation. Le sommet de Madrid se déroule dans un climat où l’Afrique redéfinit sa place sur l’échiquier mondial : zone de croissance, mais aussi terrain diplomatique stratégique, entre Chine, Russie, Turquie et Europe.
L’Espagne tente ainsi de rattraper son retard. Ce troisième sommet est une tentative d’inscrire la relation Afrique-Espagne dans la durée, avec des engagements concrets, loin des effets d’annonce.
La Rédaction

