Le 1er janvier 2014, Rob Zweekhorst, 44 ans, sort promener ses chiens à Berkel en Rodenrijs, aux Pays-Bas. Il est abattu d’une balle dans la tête et meurt sur place. Très vite, les enquêteurs acquièrent la conviction que ce directeur d’un établissement de santé mentale n’était probablement pas la cible recherchée : un voisin évoluant dans le milieu criminel aurait dû être tué à sa place. Douze ans plus tard, l’enquête a accumulé témoignages, renseignements anonymes, suspects et hypothèses de mobile. Un homme a même été traduit devant la justice. Mais en juin 2026, le tribunal l’a acquitté faute de preuves suffisamment fiables. Le parquet a fait appel et la police recherche toujours l’arme. L’affaire illustre une difficulté fondamentale de la justice pénale : comprendre probablement comment un crime s’est organisé ne suffit pas à prouver qui l’a commis.
Un homme abattu qui n’aurait pas dû être la cible
Ce matin du Nouvel An, Rob Zweekhorst promène ses chiens lorsqu’un tireur lui loge une balle dans la tête. L’enquête s’oriente rapidement vers une hypothèse inhabituelle : Zweekhorst aurait été victime d’une erreur d’identité. Un homme habitant à proximité et actif dans le milieu criminel aurait constitué la véritable cible. L’affaire devient aux Pays-Bas la « Berkelse vergismoord », le meurtre par erreur de Berkel.
Cette hypothèse donne à l’enquête une direction, mais elle ouvre immédiatement une série de questions. Si Zweekhorst n’était pas visé, qui voulait tuer son voisin ? Pour quelle raison ? Qui avait commandité l’opération ? Et surtout, qui avait effectivement appuyé sur la détente ? L’environnement supposé du crime commence à apparaître alors que son mécanisme précis reste hors de portée.
Des renseignements qui désignent progressivement un homme
Pendant les années suivantes, les enquêteurs recueillent de nombreux témoignages et renseignements provenant notamment du Team Criminele Inlichtingen, le service policier chargé des informations issues du milieu criminel. Plusieurs personnes appartenant ou étant liées au même environnement que la cible présumée sont interrogées. En septembre 2015, les soupçons commencent à se concentrer sur un homme de Schiedam, qui sera finalement arrêté en novembre 2018. Il nie toute participation au meurtre.
L’accusation envisage un possible conflit entre cet homme et la cible supposée. Mais même sur ce point, les versions divergent considérablement. Selon les déclarations recueillies, le différend aurait pu concerner l’immobilier, des cargaisons de cocaïne saisies, des problèmes conjugaux ou encore le contrôle d’un douanier corrompu. Autant d’hypothèses susceptibles de dessiner un mobile, mais aucune ne suffit à démontrer que le suspect a organisé l’assassinat.
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Quand le renseignement criminel se heurte à la preuve
C’est ici que l’affaire devient un véritable casse-tête judiciaire. Au fil des années, certaines personnes affirment avoir entendu le suspect reconnaître son implication. Des renseignements anonymes le mettent également en cause. Mais lorsque ces informations sont confrontées aux exigences d’un procès pénal, leur solidité commence à se fissurer.
Le tribunal constate que la source exacte d’une partie des informations est inconnue. Certains témoins ayant évoqué des aveux atténuent ensuite leurs déclarations ou se révèlent incapables de leur donner suffisamment de substance. D’autres ne possèdent pas une connaissance directe des faits : ils rapportent ce qu’ils ont entendu dire, voire ce qu’ils ont lu dans la presse. Certaines informations anonymes se contredisent également. Pour les juges, le dossier contient finalement très peu de preuves suffisamment fiables et leur force probante demeure extrêmement limitée.
Vingt-quatre ans requis, puis l’acquittement
En mai 2026, douze ans après la mort de Rob Zweekhorst, l’affaire arrive enfin devant le tribunal de Rotterdam. Le ministère public considère le principal prévenu comme impliqué dans le projet criminel et réclame 24 années d’emprisonnement. Le suspect continue, lui, de nier toute participation.
Le 15 juin, le tribunal tranche : acquittement. Non parce qu’il estime avoir résolu le meurtre autrement, mais parce que les déclarations et renseignements réunis ne constituent pas une preuve légale et convaincante de la participation de l’accusé. Le contraste est saisissant. Après douze années d’investigations, l’accusation possède une théorie du crime et un homme qu’elle considère comme responsable, mais la justice estime qu’elle ne possède pas suffisamment de preuves fiables pour le condamner.
Un acquittement qui ne clôt pourtant pas l’affaire
Le jugement ne signifie pas que l’enquête a démontré l’innocence factuelle de tous les protagonistes envisagés au fil des années. Il signifie que la culpabilité de l’homme poursuivi n’a pas été établie selon le niveau de preuve exigé pour une condamnation pénale. Et le parquet néerlandais refuse de s’arrêter à cette décision.
Le 25 juin 2026, dix jours après l’acquittement, le ministère public interjette appel. Il conteste donc l’analyse du tribunal et maintient le dossier dans le circuit judiciaire. À ce stade, l’acquittement de première instance existe, mais la procédure n’est pas définitivement terminée.
En août 2026, la police cherche encore l’arme
Puis survient un nouveau développement. Durant l’été 2026, un renseignement conduit la police vers la Ringvaartplas, une étendue d’eau située à Rotterdam-Prinsenland. L’arme utilisée pour tuer Rob Zweekhorst pourrait y avoir été jetée. Les enquêteurs commencent par scanner le plan d’eau, puis des spécialistes examinent les endroits ayant produit des détections.
Un pêcheur à l’aimant se manifeste également après l’appel de la police : il indique avoir sorti une arme de cette même étendue d’eau l’année précédente. Les autorités examinent cette arme tandis que les recherches se poursuivent. En août, la police ne dit pas publiquement si les opérations ont déjà permis de découvrir un élément directement exploitable dans l’enquête. Une récompense de 25 000 euros reste par ailleurs proposée pour l’information permettant d’arrêter la personne responsable de la mort de Zweekhorst.
Une vérité policière qui ne devient pas encore une vérité judiciaire
L’affaire Rob Zweekhorst repose désormais sur un paradoxe. Les enquêteurs disposent d’une explication générale considérée comme fortement plausible : un homme lié au milieu criminel aurait été la véritable cible et Zweekhorst aurait payé de sa vie une erreur d’identification. Mais connaître le contexte probable d’un assassinat n’équivaut pas à démontrer juridiquement l’identité de celui qui l’a commandité ou exécuté.
Le tribunal lui-même a reconnu, lors de l’acquittement, ce que cette situation signifie pour la famille : douze ans après les faits, aucune certitude judiciaire n’existe encore sur le responsable, le mobile exact et les circonstances précises du meurtre. Le tireur demeure lui aussi publiquement non identifié.
Et c’est précisément là que réside l’énigme. Comment une enquête peut-elle parvenir à comprendre qu’un homme a probablement été assassiné à la place d’un autre, identifier le milieu dans lequel se trouverait l’origine du crime, recueillir pendant douze ans des renseignements et conduire un suspect devant un tribunal, sans parvenir à transformer cet ensemble en preuves suffisamment solides pour une condamnation ?
L’histoire n’est d’ailleurs pas terminée. Entre l’appel du parquet et la recherche d’une possible arme du crime durant l’été 2026, le dossier reste vivant. Douze ans après la mort de Rob Zweekhorst, la justice néerlandaise connaît peut-être une partie de l’histoire. Elle cherche toujours les preuves qui lui permettraient d’en écrire juridiquement la fin.
La Rédaction
Sources et références
- Rechtbank Rotterdam (Justice néerlandaise) — jugement et présentation officielle de l’acquittement du 15 juin 2026.
- Openbaar Ministerie — appel interjeté contre l’acquittement le 25 juin 2026.
- Police néerlandaise — poursuite de l’enquête et recherches concernant une possible arme du crime dans la Ringvaartplas, août 2026.
- NOS — procédure judiciaire, réquisitions et éléments ayant conduit à l’acquittement.

