Le 3 juillet 1988, Therese Johannessen, 9 ans, disparaît du quartier de Fjell, à Drammen, en Norvège. Son corps ne sera jamais retrouvé. Dix ans plus tard pourtant, la justice suédoise condamne un homme pour l’avoir enlevée et tuée : Thomas Quick, devenu depuis Sture Bergwall. L’affaire paraît alors avoir trouvé son coupable malgré l’absence de corps. Mais la condamnation finira par s’effondrer, l’accusé sera acquitté et la disparition redeviendra ce qu’elle était au premier jour : une affaire sans victime retrouvée, sans auteur identifié et sans explication certaine.
Une disparition sans trace matérielle
Ce dimanche de juillet 1988, Therese se trouve dans le quartier résidentiel de Fjell. Elle disparaît dans un périmètre proche de son domicile. Les recherches commencent rapidement et prennent une ampleur considérable. Policiers, volontaires et habitants participent aux opérations, tandis que les enquêteurs vérifient de très nombreux renseignements. Une piste criminelle est privilégiée, sans qu’aucune preuve permette de déterminer précisément ce qui est arrivé à l’enfant.
Un homme aperçu dans l’immeuble où vit Therese attire notamment l’attention. Un portrait-robot est diffusé, mais son identité ne sera jamais établie. Les mois puis les années passent sans découverte du corps. L’enquête se retrouve ainsi privée des éléments que pourrait fournir une scène de crime : cause de la mort, traces biologiques, blessures ou objets susceptibles de conduire à un auteur.
Huit ans plus tard, Thomas Quick entre dans le dossier
Environ huit ans après la disparition, le Suédois Thomas Quick affirme avoir enlevé et tué Therese. L’homme est alors interné dans un établissement psychiatrique et commence à reconnaître une multitude de crimes commis en Suède et en Norvège. Ses déclarations conduisent les enquêteurs à reprendre certaines affaires anciennes.
Quick participe notamment à des recherches destinées à retrouver les restes de Therese. Des fragments découverts pendant les investigations sont un temps considérés comme susceptibles d’être des restes humains. L’absence du corps n’empêche finalement pas les poursuites. Le 2 juin 1998, un tribunal suédois le reconnaît coupable de l’enlèvement et du meurtre de l’enfant.
Une condamnation essentiellement construite autour des aveux
Le problème fondamental apparaît progressivement : aucune preuve technique ne relie directement Quick à Therese Johannessen. Aucun témoin ne peut établir qu’il se trouvait avec elle au moment de la disparition et le corps de l’enfant demeure introuvable. Le dossier dépend donc très largement de la crédibilité des déclarations de l’accusé.
Or ses aveux s’inscrivent dans un ensemble beaucoup plus vaste. Quick reconnaît de nombreux meurtres et sera condamné dans plusieurs dossiers. La question devient alors de savoir comment distinguer, parmi ses déclarations, les informations qu’un véritable auteur pouvait seul connaître de celles qu’il aurait pu apprendre autrement ou reconstruire au cours des interrogatoires.
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Les aveux commencent à s’effondrer
À partir de 2008, Sture Bergwall retire ses confessions et affirme avoir inventé les crimes qu’il avait reconnus. Ses condamnations sont progressivement réexaminées. Dans le dossier Therese, la situation est particulièrement fragile : sans les aveux, il reste très peu d’éléments permettant de rattacher Bergwall à la disparition.
En septembre 2010, la cour d’appel suédoise accepte la réouverture de l’affaire. Elle estime que les nouveaux éléments sont susceptibles de faire naître un doute sur sa culpabilité. La condamnation qui avait transformé une disparition inexpliquée en meurtre officiellement résolu commence alors à se défaire.
La justice retire elle-même son accusation
Le 29 mars 2011, le parquet suédois décide de ne plus poursuivre Sture Bergwall pour la mort de Therese. Le procureur reconnaît l’absence de preuve permettant de le relier directement à l’affaire. Quelques mois auparavant encore, il était judiciairement considéré comme l’assassin de l’enfant ; désormais, l’accusation qui avait permis cette conclusion n’est plus soutenue par le ministère public.
Le 10 juin 2011, le tribunal de Falun prononce formellement son acquittement. Le basculement est complet : un homme condamné treize ans auparavant pour le meurtre de Therese Johannessen n’est plus juridiquement son meurtrier. Et puisque personne d’autre n’a été condamné, la question que le jugement de 1998 semblait avoir refermée se retrouve entièrement ouverte.
L’enquête revient vingt-trois ans en arrière
L’acquittement de Bergwall ne permet évidemment pas de savoir ce qui est arrivé à Therese. Il retire simplement du dossier la réponse judiciaire qui avait été apportée. Les anciennes pistes retrouvent donc leur importance : l’homme aperçu près du domicile, l’hypothèse d’un enlèvement et, plus tard, différentes informations concernant une possible disparition vers l’étranger.
Aucune de ces pistes ne permet de retrouver l’enfant. Des recherches supplémentaires sont encore entreprises en 2013 après de nouveaux renseignements concernant un lieu où son corps aurait pu être dissimulé. Elles restent sans résultat.
Puis la prescription referme la porte judiciaire
Le 3 juillet 2013, vingt-cinq ans après la disparition, intervient une conséquence particulièrement lourde du droit norvégien applicable à l’époque : l’éventuel meurtre de Therese atteint son délai de prescription. Les réformes ultérieures supprimant la prescription pour certains crimes extrêmement graves ne permettent pas de ressusciter rétroactivement une responsabilité pénale déjà prescrite.
Le paradoxe devient alors presque total. La justice a d’abord condamné un homme pour le meurtre d’une enfant dont le corps n’avait jamais été retrouvé. Elle a ensuite annulé cette réponse lorsque la solidité des aveux s’est effondrée. Puis le temps a fini par fermer la possibilité d’une poursuite pour l’éventuel crime selon le régime applicable à cette ancienne affaire.
Une énigme judiciaire créée aussi par la justice
Therese Johannessen reste donc une enfant disparue. Mais son dossier raconte davantage qu’une disparition. Il montre comment une enquête privée de preuves matérielles peut être bouleversée par des aveux, puis comment une condamnation peut donner pendant des années l’impression qu’un mystère est résolu avant que le réexamen du dossier ne ramène tout au point de départ.
C’est précisément là que réside l’énigme judiciaire. En 1988, la police ignorait ce qui était arrivé à Therese. En 1998, un tribunal pensait connaître son meurtrier. En 2011, ce même scénario judiciaire s’effondrait. Et en 2013, la prescription venait compliquer définitivement toute éventuelle réponse pénale future.
L’affaire pose ainsi deux questions désormais indissociables. La première reste celle d’origine : qu’est-il arrivé à Therese Johannessen le 3 juillet 1988 ? La seconde appartient pleinement à l’histoire judiciaire : comment une justice peut-elle parvenir à condamner un homme pour un meurtre sans corps ni preuve technique directe, avant de devoir reconnaître treize ans plus tard que les éléments permettant de soutenir cette accusation ne suffisent plus ?
La Rédaction
Sources et références
- NRK — documentaire Therese, jenta som forvant et réexamen de l’enquête. (NTB Kommunikasjon)
- VG — archives de l’affaire Therese Johannessen, acquittement de Sture Bergwall et prescription du dossier. (VG)
- Aftenposten — réouverture du procès et abandon de l’accusation contre Thomas Quick/Sture Bergwall. (Aftenposten)
- Dagbladet — archives judiciaires consacrées à la révision de la condamnation. (Dagbladet)

