Dans les territoires ruraux, une information bien traitée peut infléchir des comportements, diffuser de meilleures pratiques et rapprocher les citoyens des enjeux climatiques qui transforment déjà leur quotidien. À Kloto, le Centre d’action pour le développement rural mise sur les professionnels des médias pour faire de l’information un outil de résilience agricole, environnementale et sociale.
Les effets du changement climatique, l’érosion des sols, la pression sur la biodiversité ou encore l’insécurité alimentaire ne relèvent plus seulement des spécialistes. Ces réalités touchent directement les producteurs, les ménages et les collectivités. Pourtant, elles restent encore insuffisamment présentes dans l’espace médiatique togolais, souvent faute de journalistes spécialisés ou de formats adaptés à la complexité de ces sujets.
C’est à partir de ce constat que le Centre d’action pour le développement rural a réuni, à Kpalimé, des professionnels des médias pour une session consacrée au traitement des questions agricoles et environnementales. L’objectif dépasse le simple renforcement de compétences : il s’agit de créer une couverture plus régulière, plus rigoureuse et plus utile aux populations.
Mieux raconter pour mieux faire comprendre
Pendant deux jours, les participants sont formés à plusieurs approches susceptibles de renouveler le traitement de ces thématiques : storytelling, journalisme de solutions, datajournalisme et vérification de l’information.
L’enjeu est de sortir d’une couverture occasionnelle, souvent limitée aux cérémonies, aux alertes ou aux déclarations institutionnelles. Un traitement plus approfondi doit permettre d’expliquer les causes, de mesurer les conséquences et de mettre en lumière les réponses locales déjà expérimentées.
Travaux pratiques, simulations de production, panels et échanges d’expériences doivent ainsi aider les journalistes à transformer des sujets techniques en contenus accessibles, sans les simplifier à l’excès.
Faire émerger un journalisme plus proche des territoires
Pour le CADR, les médias peuvent devenir des relais essentiels dans la diffusion des pratiques agricoles durables, la gestion des déchets, la restauration des terres ou encore la protection de la biodiversité.
Le directeur exécutif de l’organisation, Maxwell Yawovi Kumessi, souhaite voir émerger un réseau de journalistes engagés sur ces questions, capable d’en assurer un suivi plus constant et moins dépendant de l’actualité événementielle.
Cette ambition rejoint les attentes des acteurs du monde agricole. Le directeur régional de l’Agriculture des Plateaux, Kondé Yaovi Afidenyon, a souligné le rôle des médias dans la valorisation des bonnes pratiques et dans l’adoption de comportements plus responsables par les populations.
L’information comme instrument de transformation locale
Au-delà de la sensibilisation, l’information peut également faciliter la circulation des savoirs entre agriculteurs, techniciens, chercheurs, collectivités et citoyens. Elle peut rendre visibles des solutions déjà éprouvées, alerter sur des pratiques à risque et renforcer la capacité des communautés à anticiper les crises.
Le représentant du préfet de Kloto, Essohana Kpemoua, a insisté sur cette responsabilité particulière des médias, estimant que l’information demeure l’un des moyens les plus puissants pour modifier durablement les comportements.
Dans un contexte où les pressions climatiques et agricoles s’intensifient, mieux informer revient donc aussi à mieux préparer les territoires.
Un programme inscrit dans la durée
Cette initiative s’inscrit dans le Programme d’appui aux dynamiques socioéconomiques et environnementales dans la commune Kloto 3, prévu sur la période 2025-2029.
Mis en œuvre avec le soutien de l’Action solidarité tiers monde du Luxembourg, le programme cherche à renforcer les capacités locales, à soutenir la résilience des communautés et à favoriser des réponses mieux adaptées aux réalités du territoire.
En plaçant les médias au cœur de cette démarche, le CADR fait le pari qu’une transformation durable ne repose pas uniquement sur les projets techniques. Elle dépend aussi de la qualité des récits, de la fiabilité des données et de la capacité de l’information à devenir un bien réellement utile aux populations.
La Rédaction

