Sur l’île Marion, perdue entre l’Afrique du Sud et l’Antarctique, un fléau menace la faune locale : des souris, introduites il y a près de deux siècles, s’attaquent aux oisillons d’espèces rares. Face à cette catastrophe écologique, le gouvernement sud-africain et l’association BirdLife Afrique du Sud lancent en avril une campagne d’éradication massive, qui s’annonce comme la plus ambitieuse jamais menée contre ces rongeurs.
Un équilibre brisé par l’homme
Depuis leur introduction involontaire par des marins au XIXe siècle, les souris se sont multipliées sur l’île Marion. Dans un écosystème fragile où elles n’ont aucun prédateur naturel, elles ont progressivement modifié leur comportement alimentaire. Loin de se contenter de graines et d’insectes, elles s’attaquent désormais aux poussins d’albatros hurleurs, une espèce emblématique.
Les témoignages des scientifiques sur place sont glaçants. Stefan et Janine Schoombie, chercheurs sud-africains, ont observé ces attaques de nuit. Cachés derrière un rocher, ils ont vu des dizaines de souris grimper sur un poussin et lui ronger la tête, insensibles aux tentatives désespérées de l’oisillon pour se défendre. Même la présence d’un parent adulte ne suffit pas à repousser ces rongeurs devenus prédateurs.
L’île Marion et sa voisine, l’Île-du-Prince-Édouard, abritent 50 % de la population mondiale d’albatros hurleurs. Mais aujourd’hui, 19 des 29 espèces d’oiseaux marins qui nichent sur l’île sont menacées d’extinction.
Une riposte sans précédent
Conscient de l’urgence, le « Projet Marion sans souris » prévoit une éradication progressive. Dès avril, des appâts empoisonnés seront dispersés à pied sur une première portion du territoire. Une deuxième phase, en 2026, verra l’utilisation d’hélicoptères pour couvrir une zone plus large. Si le financement suit, l’hiver 2028 marquera le lancement de l’opération finale, avec cinq à six hélicoptères larguant des appâts sur l’ensemble de l’île.
L’objectif est d’éliminer définitivement les rongeurs, comme cela a été fait pour les chats introduits en 1949, qui s’étaient eux aussi attaqués aux oiseaux marins. Après une campagne d’élimination menée sur plusieurs décennies, les félins ont disparu en 1991. Les souris sont la dernière espèce invasive à éradiquer pour restaurer l’équilibre écologique de l’île.
Une course contre la montre
Mais le temps presse. En plus de la menace des rongeurs, la grippe aviaire s’est récemment propagée sur l’île, frappant de plein fouet les albatros hurleurs. En mars 2024, le gouvernement sud-africain a confirmé que la maladie avait déjà tué 150 poussins sur une population d’environ 1 900.
« Il suffit de laisser survivre deux souris sur un million, et tout le travail est à refaire », alerte Keith Springer, directeur des opérations d’éradication. Actuellement, la densité des rongeurs peut atteindre 300 individus par hectare en période de reproduction.
La bataille pour sauver les oiseaux marins de l’île Marion est loin d’être gagnée. Mais si elle réussit, cette campagne d’éradication pourrait devenir un modèle mondial pour la protection des écosystèmes insulaires menacés.
La Rédaction

